ALBERT NOBBS de Rodrigo Garcia (2012)

Albert Nobbs est une femme. Pourtant, depuis toujours, elle exerce son métier de majordome sous les traits d’un homme. Dévoué à sa tâche, l’affable serviteur fait la fierté de l’hôtel qui l’emploie. Mais secrètement, Nobbs n’aspire qu’à deux choses : ouvrir son propre commerce et trouver la femme de sa vie. Et dans l’Irlande du XIXème siècle pleine de conventions, il lui sera difficile d’accéder au bonheur…

UN FILM SAVOUREUSEMENT SINGULIER

Projet soutenu très fortement par son actrice, le nouveau film de Rodrigo Garcia (Ce que je sais d’elle…d’un simple regard, Mother and child) déconcerte autant qu’il fascine. Adapté d’une nouvelle de George Moore, The singular life of Albert Nobbs, le film s’offre comme la composition tragi-comique d’un personnage ambigu et insondable. La transformation physique de Glenn Close est à elle seule une performance. Nez rapiécé, traits tirés, l’actrice accentue la masculinité de son visage pour servir l’androgynie du rôle. Rodrigo Garcia se plait à la filmer au plus près comme pour faire l’autopsie clinique d’un spécimen irrémédiablement condamné. Sous l’effet de surprise, nos yeux sont happés par l’étrangeté de cette bête curieuse aux motivations obscures. Peu à peu, la prouesse du maquillage laisse place à la complexité du personnage. Sexuellement ambivalent, solitaire et désargenté, Albert Nobbs vit dans une misère affective et sociale. Pendant que les riches s’amusent et que les pauvres s’enivrent d’amour, le majordome reste comprimé dans son costume, étouffant sa différence. Une rencontre fortuite avec une autre travestie, épanouie dans sa vie de couple, va durant quelques temps lui laisser croire qu’un bonheur est possible. Mais Nobbs est autant piégé par les conventions de son siècle que par ses propres incertitudes identitaires. Dès lors sa naïveté amoureuse et son incapacité à assumer ce qu’il ou elle est, le poussent inexorablement vers la tragédie. La tonalité décalée de cet homme/femme, se parlant à lui-même et échafaudant des plans de séduction maladroits, rend parfois les situations aussi comiques que dramatiques. Dans cette petite chambre de bonne où Nobbs compte méthodiquement chaque pièce pouvant le rapprocher de son étrange bonheur, il y a quelque chose d’absurde, de touchant et d’incroyablement enfantin. Autour de lui, des pantins cupides, intolérants et soumis aux codes sociaux se révèleront, par le regard qu’ils lui portent, dans toute leur bêtise. Si seulement cette histoire pouvait prendre un ton plus virulent… Mais ce film singulier préfère rester inattendu jusqu’au bout.

Titre VO: Albert Nobbs/ Pays : UK/ Durée : 1h57/ Distribué par Chrysalis Films/Sortie le 22 Février 2012

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