CLOCLO de Florent-Emilio Siri (2012)

De Claude François je connaissais beaucoup de choses…. J’ai beau être née après sa mort, mon enfance a été inondée d’imageries cloclodiennes. Et pour cause : ma mère est l’une de ces fans absolues qui collectionnaient tous les 45 tours et magazines à l’effigie de leur idole. Ainsi, les piles de Podium et Salut consacrés à la star garnissaient, telles des œuvres d’art, les étagères du salon. Durant la décennie 80, entre les disques de Dorothée et de Nikka Costa, j’ai avalé ma dose de « Belles, belles, belles», «Magnolia » et autres « Alexandrie, Alexandra ». En fidèle admiratrice, ma mère m’a fait découvrir la musique de Cloclo en respectant scrupuleusement sa chronologie, des yéyés au disco. Mais surtout, elle me racontait avec passion les détails d’une vie privée que le public s’était allègrement appropriée : l’épisode Gilbert Bécaud, la période France Gall, l’affaire du fils caché, mais aussi le perfectionnisme et les colères légendaires. Et puis, cette mort terrible dont l’absurdité a nourri des théories fumeuses. Voir ce film était donc une évidence, au moins pour mettre des images sur les histoires qui ont nourri ma fibre people avant que je découvre Voici.

UN BIOPIC QUI NE VA PAS AU DELA DE LA LEGENDE

Claude François, c’est d’abord un petit garçon qui a grandi avec sa sœur en Egypte auprès d’une mère étouffante et d’un père autoritaire. Chassé du pays comme de nombreux occidentaux à l’époque, le garçon devenu adulte débarque avec sa famille sur les terres françaises avant d’atterrir à Monaco. De ses débuts de batteur dans des clubs du rocher, il se construit peu à peu la success story qu’on lui connaît. Autour du chanteur, une nuée de femmes, à commencer par sa mère et sa sœur, lui renvoie l’amour qu’il a toujours attendu d’un père orgueilleux jusqu’à son dernier souffle. Dans ce biopic qui se veut fidèle à la légende, Florent-Emilio Siri (Nid de guêpes, L’ennemi intime) a réussi à capter, de la première à la dernière image, l’énergie de Claude François. Le rythme du film se calque parfaitement à l’hyperactivité du chanteur. Jérémie Rénier bluffant de mimétisme s’agite, s’excite et s’électrise à chaque scène. Chez ce personnage qui ingurgite toutes les influences musicales du moment pour créer son univers (Franck Sinatra, Otis Redding, Sam & Dave), il y a un mélange de complexe et d’admiration expliquant son bouillonnement perpétuel. On le sait, Claude François n’a jamais été bien dans sa peau et l’a manifesté en martyrisant son entourage. Excessif, maniaque, jaloux, on lui a attribué tous les travers. Seulement, difficile d’aborder les défauts d’un « demi-dieu » devant des fans qui, 34 ans après sa mort, sont toujours aussi fascinés. C’est là que le film patauge, s’enfermant dans une image figée de ce que doit être un biopic. Visiblement gênés par ces aspects, les scénaristes n’ont pas trouvé comment amener subtilement le sujet. C’est donc très lourdement que Cloclo enchaîne scènes de jalousie, obsession de la propreté, numéros de Caliméro et re-jalousie dans une énumération narrative ahurissante. Puis, soudainement, les manies disparaissent pendant quelques temps pour ne laisser place qu’aux shows. Puisqu’il faut entretenir le mythe, le film nous injecte perpétuellement des piqûres hagiographiques destinées à renvoyer le public chez les disquaires à la sortie des salles. Ainsi assiste t-on à la création des chansons Belles, belles, belles et Comme d’habitude, dans un éclair de génie pas du tout exagéré… Pourtant, quand il raconte la mélancolie du mal-aimé, le film réserve quelques fulgurances de réalisation. A l’exemple de ce plan-séquence où le chanteur passe de l’euphorie festive du moulin à la tristesse d’une chambre d’enfant solitaire. C’est là que Marc, son second fils étouffe sous le poids de la paranoïa médiatique. Dans une autre scène, Claude François poursuit en voiture sa future épouse, alors qu’elle le fuit, comme s’il courrait après ses obsessions. Mais hormis ces quelques moments de grâce, on peut déplorer la superficialité de l’ensemble. Dans le registre navrant, l’apparition de Benoît Magimel, ridiculeusement grimé en Paul Lederman, tient une bonne place. On oubliera vite Robert Knepper (le T-Bag de Prison Break) jouant un Franck Sinatra sans charisme, ni ressemblance. Mais surtout ce qui est impardonnable, c’est cette impossibilité du scénario à aller au-delà de l’image patinée par le temps. On a beau le suivre à chaque plan, Claude François reste toujours aussi insaisissable après 2h28 d’un marathon d’images à paillettes. Sous l’étiquette « perfectionniste », on a rangé dans une boîte toutes les aspérités d’un personnage complexe. Tout comme les fans, Florent-Emilio Siri et son acteur, visiblement débordés par leur admiration pour le chanteur, ont perpétué la déification vouée aux stars fauchées en pleine gloire.

Titre : Cloclo / Pays : France/ Durée : 2h28/ Distribué par Studio Canal / Sortie le 14 Mars 2012

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