POSSESSIONS d’Eric Guirado (2012)

En quittant le Nord, Maryline et Bruno Caron commencent une nouvelle vie. Avec leur petite fille, ils partent s’installer à la montagne. Comme leur chalet est encore en travaux, les propriétaires, Patrick et Gladys Castang, les installent provisoirement dans une habitation de grand standing. Par ailleurs, ils embauchent Maryline comme femme de ménage. Le couple modeste s’émerveille chaque jour devant le train de vie de leurs bailleurs et le luxe environnant. Mais à force de petites humiliations, l’admiration laisse peu à peu place à la haine…

RÉCIT D’UNE MALADIE SOCIALE : L’OBSESSION MATÉRIALISTE

Inspiré de l’affaire Flactif, ce thriller intensément vénéneux n’a jamais la prétention d’entrer dans la tête du tueur David Hotyat. Pourtant, Eric Guirado décompose assez finement un processus psychologique menant au crime. Dans ce troisième long-métrage, après Quand tu descendras du ciel et Le fils de l’épicier, le cinéaste filme l’envie comme une contamination. Toujours saisis du point de vue du couple modeste, les rapports entre les Caron (Julie Depardieu et Jérémie Renier) et les Castang (Lucien Jean-Baptiste et Alexandra Lamy) ont quelque chose de maladif. Eric Guirado met en scène une progression sensorielle allant de l’extase au mimétisme, puis de la jalousie à la haine. Il y a une scène étrange où Maryline, pendant ses heures de ménage, s’imprègne des odeurs de sa patronne par son parfum, son savon et ses dessous. La jeune femme semble envahie par une crise possessive qui s’exprime également dans les plans flous utilisés par le réalisateur. Par le trouble des images, Guirado matérialise l’enivrement de ses personnages. Le luxe est à portée de main et pourtant il leur reste définitivement inaccessible. On comprend l’obsession matérielle qui les consume, surtout que les Castang font de leur confort une réussite ostentatoire. Pourtant le film ne fait pas de Patrick et Gladys des riches détestables. Ce sont juste des gens aisés, sourds à la pauvreté et, par conséquent, naïvement prétentieux. Possessions décrit un fossé entre deux milieux sociaux qui ne se comprennent pas. Dès leur première rencontre, un rapport de domination s’installe, notamment par la voix : alors que les Castang parlent fort et d’un ton assuré, les Caron, toujours effacés, s’expriment dans l’hésitation. La communication est dès lors impossible, biaisée par un complexe d’infériorité qui ne fera que s’amplifier. A mesure des déceptions, des promesses non tenues et des frustrations permanentes, une vengeance apparaît de plus en plus probable. Mais de là à passer au meurtre… Eric Guirado garde la part inexplicable du fait-divers, ne cherchant pas des circonstances atténuantes au tueur. Le crime, méthodiquement exécuté, donne l’impression d’un accident psychologique, d’un basculement social vers la folie. Poussé à bout par l’arrogance d’une classe supérieure qui ne lui porte aucune estime, Bruno répond presque instinctivement par la violence. Comme si, l’espace d’un instant, plus rien, ni même sa condition de père de famille,  ne pouvait interrompre cette course mortelle vers une reconsidération personnelle. Dévalorisé et soumis, Bruno, sous la pression de sa femme, fait de son geste un acte nécessaire pour retrouver un semblant de dignité. Les quatre acteurs composent à la perfection ce petit théâtre égotique. Jérémie Renier, qui a pris 18 kilos pour le rôle, pèse de toute sa lourdeur dans ce milieu raffiné et pédant, accentuant le décalage entre deux mondes. Quant à Julie Depardieu, elle trouble par sa cupidité enfantine et sa distance émotionnelle face au drame. Grâce à sa distribution, le film réussit à restituer la montée en puissance de la haine et à pointer une fracture sociale.

Titre : Possessions / Pays : France/Durée : 1h38/ Distribué par UGC Distribution / Sortie le 7 Mars 2012

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