TRUANDS de Frédéric Schoendoerffer (2007)

Claude Corti (Philippe Caubère), grande figure de la pègre parisienne, est un homme craint et respecté dans le milieu. Entre trafic de drogue, prostitution et racket, ses affaires se portent bien d’autant qu’il sait maintenir la terreur sur son territoire. Car on ne marche pas sur les plates-bandes de Claude Corti, sous peine d’être torturé ou tué. Corti n’a confiance en personne. Seul Franck (Benoît Magimel), un ancien compagnon de cellule, trouve grâce à ses yeux, même si le jeune loup préfère oeuvrer en toute indépendance. Parmi les autres proches du parrain, il y a Béatrice (Béatrice Dalle) sa femme dévouée, Jean-Guy (Olivier Marchal) une petite frappe, partenaire de Franck, mais aussi Hicham et Larbi, des associés occasionnels et ambitieux, que Corti surveille de près. Un jour, Claude Corti est arrêté. Il en prend pour 3 ans. Ses sbires tentent de protéger son business mais les affaires vont de plus en plus mal. C’est alors que le mafieux devient parano. Qui complote derrière son dos pour prendre sa place ?

Difficile de vouer une admiration à ces héros répugnants qui évoluent dans un univers glauque et violent. C’est sans doute ce qu’a voulu nous dire Frédéric Schoendoerffer en nous offrant une plongée brutale, et parfois gore, dans l’univers du grand banditisme. On découvre un milieu immoral, écoeurant et dénué d’humanité. Dommage qu’il n’y ait rien à quoi se raccrocher et donc rien à retenir. Car la vie, la gloire et la chute de Corti n’intéresse personne, pas même Frédéric Schoendoerffer qui ne s’attarde jamais sur la psychologie de ses personnages. Tout n’est vu qu’en surface. On ne sait pas qui est Claude Corti, comment il en est arrivé là et d’ailleurs, on ne tient pas à le savoir. Tout ce qui nous est montré c’est un quinquagénaire pathétique, méprisable et méprisant, qui jubile en arrachant les yeux de ses ennemis ou en les sodomisant avec une batte de base-ball. La force de Frédéric Schoendoerffer est de tuer toute fascination pour les gangsters en suscitant le dégoût pour ses personnages sans morale. Mais à trop décrédibiliser ses héros, il ridiculise ses acteurs. Ainsi, Philippe Caubère surjoue en nous infligeant une piètre imitation d’Al Pacino dans Scarface, tandis que Tomer Sisley s’agite tel un gamin tout content de jouer au gangster. Aucun acteur ne semble réellement habité par son personnage. Olivier Marchal a l’air fatigué et Béatrice Dalle, quasi invisible, crache son texte en regardant ailleurs. Seul Benoît Magimel se démarque par sa sobriété, une qualité rare dans ce film dont la lourdeur met mal à l’aise. Dans ce monde où tout est question de virilité masculine, le rôle des femmes est limité : elles ne sont là que pour soulager ces messieurs, par le viol ou la prostitution.

Ecoeurant à l’envi, Truands distille les fantasmes les plus viles des hommes autour de la devise « pognon, bagnole et petites pépées », le tout sans remords et sans âme. C’est donc ainsi que mourra Corti, tel qu’il a vécu, comme un malpropre : tué par des coups de flingue tirés dans le dos, dans la puanteur des bas-fonds et sous les larmes de crocodile de la Dalle.
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