ROMAN DE GARE de Claude Lelouch (2007) Note : 8/10

 

Tout commence par la fuite d’un homme, ou plutôt de deux hommes. L’un est un tueur en série, tout juste échappé de prison, l’autre est un professeur de lettres qui disparaît en laissant femmes et enfants. Nous suivons justement l’itinéraire d’un homme (Dominique Pinon) sans savoir qui il est.  Il semble être l’un et l’autre à la fois. Tantôt inquiétant, tantôt égaré, on le devine manipulateur, mais à quel point ? L’homme aime jouer à être un autre. Tueur en série, mari fuyant, simple médecin ou nègre d’un grand écrivain, il incarne tous les personnages d’un roman. Notre homme mystère intrigue : impossible d’entrer dans sa tête, de deviner ses intentions. Il ne ressemble jamais à ce qu’il prétend être. Autour de lui, gravitent plusieurs femmes : Huguette (Audrey Dana) une midinette délaissée sur une aire d’autoroute, Florence (Michèle Bernier) une femme trompée et Judith Ralitzer (Fanny Ardant) une romancière à succès. Chacune joue un rôle : Florence est un semblant de mère de famille modèle – plus pour très longtemps – Huguette se grime en femme comblée pour rassurer sa famille, tandis que toute la vie de Judith Ralitzer n’est qu’une vaste imposture. Toutes évoluent dans un jeu de dupes où Pinon est le seul à en assumer les règles. Il laisse les autres croire à sa profonde crédulité. Pinon se joue d’elles et de nous aussi. Chaque fois, on pense avoir deviné ses intentions mais il nous emmène ailleurs. Claude Lelouch nous plonge dans un polar à l’atmosphère tendue. A l’image de son personnage, il joue à être un autre jusqu’à utiliser un nom d’emprunt pour signer son film. Reprenant les clichés du roman de gare, il s’affranchit des stéréotypes de départ en jouant habilement sur l’ambiguïté des personnages. Il nous interpelle et nous incite à aller au delà des apparences. Parfois irrationnel, ce Roman de gare plonge le spectateur dans le doute : on ne sait plus si les personnages sont réels ou de simples héros littéraires. C’est du grand Lelouch : un film sobre, dénué de dialogues abscons sur le couple et de théories absurdes sur les relations humaines, auxquels il avait fini par nous habituer. Il marque ici un retour à la simplicité, à la sincérité et à l’émotion. Avec beaucoup de lucidité, il valse de la tendresse au cynisme. Mais chez Lelouch, point de pessimisme à l’emporte-pièce : l’amour reprend ses droits et le livre se referme.

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