ROMAN DE GARE de Claude Lelouch (2007)

Tout commence par la fuite d’un homme, ou plutôt de deux hommes. L’un est un tueur en série, tout juste échappé de prison, l’autre est un professeur de lettres qui disparaît en laissant femme et enfants. Nous suivons justement l’itinéraire d’un homme (Dominique Pinon) sans savoir qui il est.  Il semble être l’un et l’autre à la fois. Tantôt inquiétant, tantôt égaré, on le devine manipulateur, mais à quel point ? L’homme aime jouer à être un autre. Tueur en série, mari fuyant, simple médecin ou « ghostwriter », il incarne tous les personnages d’un roman. Notre figure mystère intrigue : impossible d’entrer dans sa tête, de deviner ses intentions. Autour de lui, gravitent plusieurs femmes : Huguette (Audrey Dana) une midinette délaissée sur une aire d’autoroute, Florence (Michèle Bernier) une femme trompée et Judith Ralitzer (Fanny Ardant) une romancière à succès. Et chacune d’elle joue un étrange rôle : Florence est une fausse mère de famille modèle, Huguette se grime en femme comblée pour rassurer sa famille, tandis que toute la vie de Judith Ralitzer n’est qu’une vaste imposture. Toutes évoluent dans un jeu de dupes où notre homme mystère semble le seul à en assumer les règles, laissant les autres croire à sa profonde crédulité. Chaque fois, on pense avoir deviné les intentions de cet étrange personnage mais il nous emmène ailleurs. Claude Lelouch réussit d’une main de maître à installer le trouble tout le long de son thriller. A l’image de son personnage, le cinéaste joue à être un autre jusqu’à utiliser un nom d’emprunt pour signer son film. Reprenant les clichés du roman de gare, il s’affranchit des stéréotypes du genre en jouant habilement sur l’ambiguïté des personnages. Il nous interpelle et nous incite à aller au delà des apparences. Avec beaucoup d’adresse, le cinéaste valse de la tendresse à la lucidité. Mais chez Lelouch, point de pessimisme à l’emporte-pièce : l’amour reprend ses droits et le livre se referme.