LES PROMESSES DE L’OMBRE de David Cronenberg (2007) Note : 7/10

Après la mort d’une jeune prostituée durant son accouchement, une sage-femme enquête afin de retrouver la famille du nouveau-né. Sans le savoir, elle va mettre le nez dans une sombre histoire impliquant la mafia russe Londonienne.

Le film est profondément marqué par la dualité. C’est d’abord l’histoire d’une lutte très manichéenne. On assiste à un affrontement entre deux clans : la mafia russe contre la famille d’Anna,  le monde surréaliste de la pègre contre la réalité quotidienne des gens simples, et plus généralement la Haine contre l’Amour. On découvre également l’opposition entre deux modèles familiaux : d’une part,  le clan russe avec ses grandes fêtes de famille, ses règles à ne pas transgresser et la revendication de son identité et d’autre part, la déconstruction de la famille. Anna est séparée de son compagnon depuis sa fausse couche et est en conflit permanent avec son oncle qui semble pourtant être sa seule famille. Mais surtout, le personnage d’Anna est caractérisé par la perte de son identité slave : Anna ne parle pas russe et doit faire traduire le journal de la prostituée, ce qui l’amène à s’immiscer dans l’univers de la pègre. D’ailleurs, elle semble rejeter cette culture dont elle ne voit que les aspects sombres. Peu à peu, les deux modèles s’inversent. Les luttes de pouvoir, le crime et la haine gangrènent le clan russe tandis que la famille d’Anna se ressoude autour de l’enfant orphelin. Les promesses de l’ombre aborde deux histoires parallèles par deux mouvements symboliques : d’un côté Anna qui creuse et découvre la noirceur de l’âme humaine, et de l’autre, Nikolaï qui émerge des profondeurs pour atteindre les sommets de la mafia. Et c’est justement à travers le personnage de Nikolaï que s’opère une ultime dualité. Nikolaï, sombre et ambiguë, ne laisse jamais dévoiler ses réelles intentions, pas même aux spectateurs. C’est avec la même froideur qu’il découpe les doigts d’un cadavre et qu’il sauve la vie du bébé. Qu’il soit chauffeur, homme de main de la pègre ou infiltré des services secrets, impossible de savoir avec certitudes de quel côté son cœur balance. Il le dit lui-même : « Je tourne à gauche, je tourne à droite… ». D’ailleurs ses choix restent obscurs jusqu’au bout : on ne sait pas s’il compromet son chef au nom de la justice, par vengeance après le piège du hammam ou pour prendre un jour sa place à la tête de la mafia. Infiltré jusqu’à y perdre son âme, il semble piégé dans cet univers criminel qu’il regarde à la fois avec cynisme et fascination.

Parfois naïf et souvent violent, le film est avant tout le lieu des désillusions, des promesses non tenues, des promesses de l’Est comme l’annonce le titre original, d’un eldorado rêvé devenu un cauchemar bien réel. Davis Cronenberg répond à l’horreur par la seule arme que possèdent les gens simples : l’Amour.

Publicités