PUBLIC ENEMIES de Michael Mann (2009) Note : 5/10

1933. John Dillinger et sa bande sévissent dans le Chicago de l’après-crise de 29. Les banques sont les premières cibles des criminels devenus héros populaires d’une Amérique en déliquescence A
l’image d’Al Capone, Dillinger fascine autant qu’il effraie un public lésé par les spéculations à outrance. En riposte, les autorités américaines déclarent la guerre au crime et crée le FBI. avec
à sa tête John Edgar Hoover.

Oui mais voilà : le contexte politique et social dans lequel évolue Dillinger n’intéresse pas Michael Mann. John Dillinger c’est Johnny Depp qui prend des poses de malfrat, imite vaguement
James Cagney en levant le sourcil et sort des pseudo phrases cultes : « J’aime le baseball, le cinéma, la sape, les bolides et… vous ! ».

Dillinger a une petite amie, Billie Frenchette (Marion Cotillard) pêchée dans un night-club où chante Diana Krall ! – pour l’ambiance jazz, on repassera. Quand Johnny embrasse Billie,
Michael Mann met de la musique spéciale mélo pour dire que c’est là qu’il faut s’émouvoir. Il alterne avec des scènes de fusillades spectaculaires malheureusement gâchées par des sons aigus
amplifiés : chargement d’un revolver, cliquetis de menottes ou ouverture de coffre-fort. Là, Michael Mann nous prévient qu’il y a de l’action. Christian Bale fait les gros yeux alors on sait
que ça va barder. Les personnages secondaires nous font aussi passer le message : les mafieux locaux jouent les Pacino avec une crédibilité toute relative, les tenancières de maisons closes
fument leur clope à la Garbo et les Marshals appelés en renfort ont le visage fermé pour avoir l’air méchant. Voilà pour l’ambiance années 30.  

Au début, le film démarre au quart de tour avec une évasion de prison orchestrée par Dillinger. L’un des complices blessé est traîné en voiture sur plusieurs mètres par un Dillinger qui ne peut
se résoudre à lâcher son ami. L’abandon du corps sur la route laisse déjà présager de l’issue fatale de tout gangster. Après quelques braquages des plus philanthropiques – Dillinger braque les
banques, pas les clients – le scénario s’embourbe dans un traitement superficiel : une histoire d’amour peu convaincante, un héros sans profondeur et des personnages secondaires peu étoffés.
Seul le personnage de Melvin Purvis, joué par Christian Bale, semble un peu mieux maîtrisé.

La mise en scène est lourde. La photographie est parfois trop lumineuse voire jaune (à l’hippodrome, par exemple) ou trop pâle à d’autres moments (dans les rues de Chicago). Le tournage en HD
(très efficace dans Collatéral) ici ne fonctionne pas et trahit une ambiance « années 30 » déjà mal cernée. Dernier point faible, la durée : 2h15 avec beaucoup de longueurs et un
manque de rythme évident.

Le film est plus proche d’un film d’action et du grand divertissement que d’un vrai biopic. On apprend très peu de choses sur la psychologie de John Dillinger et sur l’époque. Bizarre d’ailleurs,
car dans les films de gangsters des années 30, références de Michael Mann pour son film, les réalisateurs s’étaient toujours appliqués à montrer la duplicité et la complexité des gangsters :
James Cagney (L’ennemi public de William Wellman – 1931), Paul Muni (Scarface d’Howard Hawks – 1932) ou Edward G. Robinson (Le Petit César de Mervyn LeRoy – 1931)
jouaient des personnages troubles presque névrotiques (L’enfer est à lui de Raoul Walsh – 1949) et incarnaient ainsi toute la violence de la société américaine de l’époque.

Mais visiblement, Public Enemies est avant tout du grand spectacle. A voir tout de même.