VINCERE de Marco Bellochio (2009)

VINCERE

Mussolini a eu deux femmes : Rachele Guidi, devenue l’épouse officielle du Duce en 1925 ; et avant elle, Ida Dalser, épousée à l’église en 1914 mais très vite gommée des registres administratifs. En effet,  Mussolini effaça toute trace de ce premier mariage et fit interner Ida dans un centre psychiatrique pour la faire taire. Elle était pourtant la femme des débuts, finançant l’ascension du futur dictateur.

C’est l’histoire méconnue de cette femme blessée et ruinée que nous conte le nouveau film de Marco Bellochio, réalisateur entre autres du Diable au corps, et de Buongiorno Notte. Malheureusement, le récit du cinéaste italien est noyé dans une mise en scène lourde et grandiloquente. Vincere, oeuvre construite comme un opéra. La première partie du film n’a que très peu de dialogue laissant place à la musique censée illustrer la passion aveugle d’Ida pour Mussolini. Mais le jeu des acteurs est trop appuyé : ce Mussolini-là est trop mécanique et Giovanna Mezzogiorno, l’interprète d’Ida, surjoue l’idolâtre. Les personnages sont désincarnés si bien qu’on assiste à un triste ballet de caricatures. La scène d’amour au début en est un bel exemple : Ida, quasi-hypnotisée, regarde amoureusement (ou plutôt béatement) un Mussolini aux yeux révulsés qui fait l’amour comme s’il criait son discours de propagande. Alors on n’y croit pas. Le réalisateur n’exploite pas l’aspect psychologique des personnages, il reste en surface pour privilégier les belles séquences mélodramatiques. Quand Marco Bellochio alterne les gros plans sur Mussolini blessé et le Christ sur la croix, il y a de quoi s’exaspérer tellement l’évocation est lourde.

Le cinéaste italien a un peu trop forcé sur les effets visuels : éléments graphiques, images d’archives, scènes de révoltes chorégraphiées… Vincere est un spectacle d’images outrancier qui finit par étouffer l’histoire qu’il met en scène.

La deuxième partie est plus centrée sur le calvaire psychiatrique de la jeune femme. Ida se révèle enfin combative car obstinée par la vérité. Mais il aura fallu attendre une heure pour que le film se déploie réellement autour de son héroïne. On croit y voir une parabole de l’antifascisme, une femme-symbole d’une lutte universelle. Mais le parallèle est trop grossier, pas assez subtil.

Vincere aurait pu être une superbe fresque aux accents viscontiens, mais Marco Bellochio a littéaralement écrasé son personnage à coup de scènes grandiloquentes et de partitions sentencieuses. On regrettera jusqu’au bout que la parole d’Ida Dasler soit étouffée une seconde fois.  

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