A SERIOUS MAN de Joel & Ethan Coen (2010) Note : 6/10

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Larry Gopnik n’a pas de chance : sa femme le
quitte pour son ami Sy Ableman, son poste d’universitaire est menacé pour une histoire de pot-de-vin et son frère un peu dérangé est sans cesse arrêté par la police. Et le pire, c’est qu’il ne
trouve même pas un rabbin de bon conseil. Pourquoi le sort s’acharne t-il contre lui ?

Drôle, subtil, truffé de dialogues savoureux…, au début on croit voir là l’un des meilleurs films des frères Coen. Mais à trop asséner de coups à ce pauvre Larry, ils finissent par agacer. Ce qui
était drôle devient pénible. Et le rythme assez lent n’arrange rien. Ce qui énerve c’est que les Coen nous resservent toujours la même recette : un héros naïf, voire benêt, qui se retrouve
face à une succession de situations inextricables. On pense bien sûr à la poisse de  Barton Fink, aux bons et mauvais hasards du Grand
saut
et au fatalisme de The Barber. Mais dans ces films, chacun des héros tentait d’agir sur les évènements avec plus ou moins de réussite. Le problème est qu’ici les Coen n’aiment
pas leur personnage et nous le font sentir. Larry n’évolue jamais. Il reste embourbé dans ses pseudo-malheurs en se lamentant sur son sort. Il pense trouver une résistance à la douleur en se
raccrochant au judaïsme mais même la religion ne peut le sauver. D’ailleurs, il aura beau chercher un bon rabbin, il trouvera toujours porte close. Comme dans Fargo, Larry est plus ou
moins l’artisan de son propre malheur. C’est d’ailleurs le sens que pourrait avoir l’énigmatique introduction du début où la vieille femme poignarde ce qu’elle croit être un fantôme. Larry a la
possibilité d’agir sur sa vie mais il ne le fait pas. On s’attend à chaque fois à un sursaut du personnage mais il se laisse aller, accepte, subit et fait les mauvais choix. Pourquoi accepte t-il
d’aller au motel ? Pourquoi paye t-il les funérailles d’un homme qu’il déteste ? Pourquoi l’argent reste t-il dans son tiroir ? Il semble vouloir son malheur et c’est
exaspérant ! Son entourage est tout aussi figé et insensible à sa malchance tout comme finit par l’être le spectateur.

Ce film, le plus personnel des frères Coen, est tout de même intéressant sur un point. Les réalisateurs y mettent en scène des éléments de leur enfance tels que l’intégration de la communauté
juive dans l’Amérique des années 60 et le regard distant qu’un enfant peut porter sur le judaïsme, à travers les yeux du fils de Larry. Cela amène à s’interroger sur la place à donner à la
religion dans la vie et comment aborder son propre malheur. Mais la conclusion est déconcerte : peu importe le choix de Larry puisqu’il est condamné d’avance. La poisse continue.

Les frères Coen signent là un film inégal à l’image de leur filmographie un peu déroutante. Tantôt prodigieux avec les récents No country for old men et Burn after reading, ils
peuvent totalement passer à côté de leur sujet comme avec Intolérable cruauté ou Le grand saut. D’ailleurs y a-t-il toujours un sujet dans leurs films (The Big
Lebowski
) ???