INVICTUS de Clint Eastwood (2010) Note : 6/10


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Invictus
ou comment l’équipe de rugby sud-africaine devient un enjeu politique. 1994, Nelson Mandela (Morgan Freeman) vient d’être élu président de l’Afrique du Sud. Malgré cela, Noirs et Blancs sont toujours à cran. Les Noirs ruminent le souvenir de l’Apartheid et les Blancs craignent une politique raciale en leur défaveur. L’équipe de rugby est à l’image de l’ancien régime : 14 Blancs pour 1 Noir. Les Springboks sont tellement haïs des sud-africains noirs que durant les matchs, ceux-ci soutiennent toujours l’équipe adverse. Et les défaites successives n’arrangent rien. Dans son projet de réunifier les deux communautés, Nelson Mandela va tenter un pari fou : faire gagner à cette équipe malmenée la coupe du monde de 95. Première bonne idée, Clint Eastwood commence par traiter son sujet du point de vue des gardes du corps de Mandela. On ressent clairement la tension qui existe entre Noirs et Blancs notamment à travers leur volonté de ne pas parler la même langue ou leur manière différente d’appeler Mandela. Autre bonne idée, évoquer les séquelles de l’Apartheid via les matchs de rugby. Le stade est le lieu d’exaltation mais aussi d’exacerbation du racisme. A cela, on peut ajouter la remarquable interprétation de Morgan Freeman, impeccable en Mandela. Peut-être trop. Et c’est là qu’on découvre les failles du film. Invictus a les défauts de ses qualités. Clint Eastwood vise la perfection avec un sujet idéal sur la tolérance. Mais tout le monde est bien trop gentil dans cette histoire raciale. Malgré les quelques marques de méfiance du début, chacun est très vite prêt a faire des efforts. Ce qui étonne c’est que les opposants à Mandela ne sont pas très virulents comme si son combat était gagné d’avance. Or, on sait que le chemin vers la réconciliation des deux peuples d’Afrique du Sud est difficile. Même aujourd’hui, l’animosité entre Noirs et Blancs existe encore. Dans Invictus, nous sommes dans un monde idyllique où le problème racial est réglé par le seul fait du sport. Par ailleurs, la mise en scène alourdit le propos. Alors qu’on attendrait une réalisation sobre laissant place au fond du discours, on a droit à des effets grandiloquents. Les gros plans et les plans d’ensemble servent les bons sentiments du film. Pire que tout : le ralenti de dix minutes à la fin du dernier match, rédhibitoire. Il manque quelque chose d’essentiel dans ce film : des vrais méchants. Que deviennent les racistes qui ne changent pas d’avis malgré le match ? On ne le sait pas car le film ne suit jamais les citoyens sud-africains. On a un faible aperçu de ce que peut être le quotidien des gens à travers la famille de François Pienaar (Matt Damon), mais le regard est très distant. Clint Eastwood ne fait presque pas intervenir les citoyens hormis les politiques, les sportifs et les lobbyistes. Les autres sont privés de parole comme une nouvelle forme d’Apartheid. Curieusement, c’est un film de science-fiction qui a le mieux parlé du conflit social et racial entre communautés sud-africaines, ces derniers mois : District 9 de Neil Blomkamp. Contrairement à Invictus, ce film a subtilement montré le calvaire de l’exclusion raciale en nous plongeant au cœur du quotidien des extra-terrestres réfugiés. A côté, Invictus fait office de Walt Disney. 

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