NINE de Rob Marshall (2010) Note : 0/10


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Nine
n’est pas le remake de 8 ½ de Fellini. Ah bon ?
Non, c’est l’adaptation de la comédie musicale 8 ½, petite gloire des 80’s, elle-même inspirée du film. Après avoir entendu un peu partout dans les médias cette explication tordue, on a
compris : Rob Marshall n’assume pas son remake de supermarché.

Pourtant c’est bien 8 ½ qu’on retrouve là avec un Guido tourmenté par les femmes et le syndrome de la page blanche. Tous les personnages du film de Fellini sont là : l’épouse
bafouée (Marion Cotillard), la maîtresse malmenée (Pénélope Cruz), le producteur paternaliste et même la Saraghina (Fergie des Black Eyed Peas, quelle horreur !). Mais rien n’est Fellinien
là-dedans. L’entêtante musique de Nino Rota a disparu au profit d’un festival de chansons en toc (« Be Italian » en tête) et des chorégraphies à la Beyoncé. La scène de la Saraghina est
ridicule et quand Judy Dench chante les Folies Bergère avec un accent franco-allemand bizarroïde, on se pend !

Du Mastroiani s’interrogeant sur sa condition, on passe à Daniel Day-Lewis, l’enfant gâté obsédé par les femmes. Il manque toute la subtilité propre à 8 ½. Guido Mastroiani n’était pas
juste un dragueur. C’était un cinéaste en prise avec des questions existentielles qui s’interrogeait sur le sens de la vie. Le film abordait avec beaucoup de finesse la crise de la quarantaine,
la peur de vieillir et l’obsession de la mort. C’était d’ailleurs le film le plus personnel de Fellini. Dans Nine, rien de tout cela puisque nous sommes dans un show. Guido Day-Lewis
fait des cabrioles pour échapper à son film et les femmes sont autant de joujoux interchangeables. Et malgré le spectacle, on s’ennuie ferme. Les chansons sont nulles et vides de sens. Toutes les
scènes rappellent 8 1/2 mais Marshall nie le remake en dénuant son film de toute profondeur.  L’artifice continue avec un défilé d’actrices
botoxées déblatérant des banalités sur l’amour. On se souvient pourtant de l’excellent Chicago, du même Rob Marshall beaucoup plus inspiré. Là, même le titre ne signifie rien. Fellini
avait appelé son film 8 ½ en guise de bilan car à l’époque il avait tourné 7 films, 1 co-réalisation et 2 courts métrages. Ici, pourquoi Nine ? Il n’y a pourtant que 7 femmes dans le sillage
de Guido. Peut-être parce que Seven était déjà pris.

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