PARIS BLUES de Martin Ritt (1961)

PARIS BLUES Martin Ritt

Ram Bowen (Paul Newman), un trompettiste américain de talent, officie depuis cinq ans dans un night club parisien. Son acolyte Eddie Cook (Sidney Poitier), saxophoniste et arrangeur fait partie de cette escapade indéfinie. Bowen est anxieux, incapable de finaliser sa toute prmière composition « Paris Blues » et doutant parfois de son talent. Un jour, il fait la rencontre de deux jolies touristes américaines, l’une blanche, l’autre noire. L’occasion pour Ram et Eddie de s’interroger sur les réelles raisons de leur fuite. Dans cette chronique sur le monde du jazz, Martin Ritt propose une mise en abyme de l’identité d’artiste et explore le thème du déracinement. Ram Bowen est un esprit libre qui ne peut se laisser enfermé dans une vie routinière. C’est un déraciné volontaire : il refuse de rentrer aux Etats-Unis et d’assumer une célébrité qui l’étouffe. A Paris, il se sent chez lui tout comme Eddy qui voit dans cette vie parisienne le moyen d’échapper à la pression raciale. La rencontre avec les deux américaines va redistribuer les cartes. Chacune va tenter de faire revenir les deux musiciens aux Etats-Unis pour s’engager. Mais sont-ils prêts à mener cette vie-là ? Martin Ritt marque bien l’opposition entre deux modes de vie : les nuits parisiennes qui s’éternisent jusqu’au petit matin et la vie bien rangée avec enfants (l’une est institutrice, l’autre est mère). Ram et Eddie se sentent libres à Paris, sans attaches et sans contraintes. Mais peut-être que cette paisible échappatoire n’est qu’une illusion. Eddie, croyant fuir la discrimination, n’est-il pas appelé « Monsieur noir » par un gamin parisien ? Quant à Ram, il semble reculer l’échéance d’une carrière de compositeur. Finalement, les deux hommes douteront jusqu’à la dernière minute, jusqu’à  ce qu’ils comprennent qui ils sont et ce qu’ils cherchent.

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Le film a aussi ses faiblesses. C’est le cas lorsqu’il évoque maladroitement la drogue en tant que dérive du jazz avec Michel (Serge Reggiani) ou lorsque Martin Ritt, au début, nous laisse croire à un brûlot anti-racial. En effet, le film démarre au  club où blancs et noirs se mélangent, où il y a des couples mixtes et homosexuels. D’ailleurs Ram drague d’abord la noire américaine et ignore la blanche. Mais très vite, on revient aux codes traditionnels : les blancs avec les blancs, les noirs entre eux, peut-être pour montrer que, même éloignés de chez eux, les deux musiciens ne peuvent échapper aux conventions sociales.  Enfin, le film est l’occasion de savourer de grands moments de jazz comme un bœuf avec Luis Armstrong et Serge Reggiani en guitariste gitan. Sans oublier la musique de Duke Ellington qui nous accompagne tout au long de cette escapade parisienne.

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DVD disponible chez Wild Side (collection Les Introuvables FNAC)

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