FILM SOCIALISME de Jean-Luc Godard (2010)

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Je ne sais pas s’il faut rire ou pleurer devant cet objet qui n’est ni un film, ni un documentaire, ni un pamphlet, ni un éloge de quoi que ce soit. Ça commence par 40 minutes d’agression sonore (le bip d’une mire, le son des vagues poussé à fond dans les aigus, une musique de boîte de nuit insupportable…) qui couvrent les interrogations des passagers d’une croisière Costa sur des faits historiques évoqués en vrac : Odessa, 1942, Palestine, l’esclavage… Le tout est entrecoupé continuellement des mêmes mots à l’écran « DES CHOSES », « COMME ÇA ». Ensuite, cela se poursuit dans un garage en rase campagne où la famille Martin joue au chat et à la souris avec une équipe de FR3-REGIO (si, si, REGIO pas REGION !).

Pas d’histoire donc pas de sujet alors c’est l’occasion de déblatérer tout un tas de réflexions à l’emporte-pièce et de pensées naïvement démagogiques. En voici un florilège : « L’argent a été créé pour que les gens ne se regardent pas dans les yeux », « Le sida a été inventé pour éradiquer les Noirs », « N’employez pas le verbe être mais avoir, le monde s’en porterait  beaucoup mieux », « L’Afrique est mal partie », « Un jour la parole se retournera contre ceux qu l’utilisent »… Ce festival de lieux communs et d’inepties est récité sans conviction par des acteurs issues des fictions télé médiocres de TF1 et France 3. 

 

Ce que j’en ai compris ? C’est que les télécommunications ont annihilé la pensée, et surtout l’Histoire, en les diluant dans une culture de masse où prédomine la marchandise. C’est ce que laisse penser la superposition des bruits pénibles, des images floues filmées au portable sur les récits historiques des anciens. Il y a aussi l’opposition entre les gens qui discutent de l’Histoire et les touristes qui font les activités de la croisière dont on ne voit pas les visages. Mais ce n’est que ma supposition « comme ça ». A l’inverse dans l’épisode du garage, ce sont les enfants qui reprennent le flambeau de l’Histoire et de la Parole en s’interrogeant sur le devenir de la société et en fuyant les médias. Malheureusement, tout ça a déjà été dit mainte et mainte fois. Du coup, Godard arrive un peu après la bataille avec ses slogans postsoixante-huitard du genre « Quand la loi est injuste, la justice doit prendre le pas sur la loi ». Certes, on peut comprendre la démarche : dénoncer cette mascarade médiatique qui consiste à sans arrêt ressasser le passé par bonne conscience tout en le noyant dans un flux indigeste d’informations, rendant ainsi le discours inaudible. D’ailleurs, quand une jeune russe évoque Hitler et Staline dans un discours confus, un vieil homme lui demande d’arrêter son cinéma. Les faits historiques ne deviennent plus que des mots cités sans cohérence. On est clairement dans du socialisme de comptoir. Mais en voulant caricaturer les débats, Godard se caricature lui-même par une mise en scène hermétique et des dialogues soporifiques. Le « film », si on peut dire, se termine par un panorama des lieux plus ou moins marquants historiquement : Egypte, Odessa, La Grèce, Naples, Barcelone… avec des images d’archives et des extraits de films (comme Le Cuirassé Potemkine pour Odessa). Cette présentation est faite de manière inégale et désorganisée. Quand on voit ça on se dit que le temps d’ A bout de souffle, Pierrot le fou, Le Mépris… est bien loin. Malgré de bonnes intentions, ce film volontairement déconstruit insupporte au point d’être soulagé que ce soit le dernier de Godard. 

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