EYES OF WAR de Danis Tanovic Note : 6/10

 

Eyes-of-war.jpgDeux photographes de guerre irlandais
partent au Kurdistan couvrir le conflit entre les Kurdes et l’armée irakienne de Saddam Hussein. Mark vit toujours l’excitation des prises de vue faites au mépris du danger tandis que David, plus
posé, envisage d’arrêter définitivement pour se consacrer à sa famille. Lassé par des risques qu’il juge dérisoire, David se sépare de Mark pour rentrer avant l’accouchement de sa femme. Mark
reste encore un peu pour suivre les soubresauts d’un hôpital de fortune. De retour à Dublin, il apprend que David n’est toujours pas rentré…

Eyes of war nous fait entrer dans le quotidien des photographes de guerre. Le film insiste beaucoup sur cet aspect routinier : les
photographes s’habituent à la mort, aux corps déchiquetés, à la solitude. La banalisation de la mort les rend presque inconscients du danger.  Mais le
film pose aussi la question du rôle de photographe de guerre. A quoi servent finalement tous ces risques si les photographes ne sont même pas sûrs d’être publiés ? Car ils sont comme tout
autre professionnel soumis à la loi du marché. Et un sujet peut en balayer un autre. Eux-mêmes n’attachent plus réellement d’importance au conflit qu’ils couvrent. Ainsi, David dit à Mark pour le
convaincre de partir : « si on rate cette embuscade-là, il y en aura bien une autre », comme si toute cette aventure était vaine. Le film aborde également le traumatisme psychologique vécu
par ces témoins de l’enfer. On sent la profonde solitude qui entoure les personnages livrés à eux-mêmes dans des zones de guerre. Pendant ce temps, leurs femmes blasées ne s’inquiètent plus,
pensant que se serait un comble de s’enquérir de leurs nouvelles. Mark, qui a du mal à exprimer son désarroi par rapport à ce qu’il a vu, s’offre les services d’un psychiatre. Dommage que cet
aspect soit assez mal exploité. Le scénariste a ajouté quelques fioritures à l’histoire comme le passé soi-disant criminel du psychiatre, donnant prétexte à une confrontation larmoyante entre un
grand-père et sa petite-fille. Et Colin Farrel, un peu trop charismatique, finit par vampiriser le film au nom d’une interprétation emphatique dont on se serait bien passé. Alors que le film
avait bien commencé, il devient finalement trop lacrymale pour accoucher d’une profonde réflexion.