INCEPTION de Christopher Nolan (2010) Note : 7/10

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Vu le désert cinématographique de ces dernières semaines, Inception de Chris Nolan arrive comme le messie dans la Mecque des blockbusters. A mi-chemin entre le thriller psychologique et le jeu de piste fantastique, le film s’annonce déjà comme l’un des plus ambitieux de la décennie. Alors, véritable chef d’œuvre du genre ou ballon de baudruche surmédiatisé ? Voici un petit topo pour vous faire une idée.

L’intrigue : 7/10

Dom Cobb fait un étrange métier : il s’immisce dans le subconscient des gens, par les rêves, afin de voler des informations stratégiques pour le compte de grandes entreprises. C’est lors d’une de ces intrusions qu’il est recruté par sa victime, un industriel, pour effectuer une violation toute particulière chez un concurrent : l’inception. Cette fois, il ne s’agit pas de voler des données mais plutôt de faire germer une idée dans l’esprit de quelqu’un. Afin de mener à bien sa mission, Cobb s’octroie les services d’une apprentie architecte, Ariane, qui ne tarde pas à s’ingérer dans les rêves du jeune homme.

Au début, on se dit que l’intrigue ne peut pas être aussi simpliste et matérialiste. Difficile de croire que tout se résume à de l’espionnage industriel. Bien heureusement, on s’éloigne peu à peu de ce point de départ pour fouiller dans la vie du Cobb. Christopher Nolan nous fait évoluer dans son film de la même manière qu’il laisse ses personnages atteindre les différentes strates du subconscient. Inception s’interroge sur la possibilité de reconstruction après un drame, l’importance donnée au souvenir et la routine du couple. Plus Cobb explore le rêve et plus il se rapproche d’une réalité et d’une vérité qu’il ne veut affronter.

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Les personnages : 6/10

Dom Cobb (Leonard di Caprio) est un personnage direct, frondeur et obsédé par une seule chose (retrouver sa vie d’avant). Dans ses rêves, il est poursuivi par sa femme, Mall (Marion
Cotillard), qui ne cesse de saboter ses plans. Le personnage est assez lisse. On ne lui trouve que peu de faille. Même en fouillant dans son subconscient, il sera difficile de découvrir des
squelettes dans le placard. C’est peut-être ce qui fait défaut au personnage : une part d’obscur pouvant brouiller les cartes et compromettre l’issue finale. Là, on a simplifié le personnage au maximum. Il évolue peu ou pas. C’est un héros avec un objectif et un obstacle. Par conséquent, le dénouement de l’intrigue est presque évident.

Mall, la femme de Cobb, est vaporeuse, irréelle, presque anachronique. Le personnage est intéressant car il constitue un obstacle au retour à la réalité pour Cobb. L’affrontement entre elle et le héros sera inévitable.

Les autres personnages font office de fils rouges sur la route de Dom Cobb mais on ne saura jamais rien d’eux. Si Cobb a un réel intérêt à accomplir sa mission – manière pour lui de boucler la boucle et de passer à autre chose – les autres personnages tels que Ariane (Ellen Page), Eames, Arthur et Yusef, jouent le jeu pour la beauté du geste. Bien qu’elle soit sympathique et pleine d’humour, cette équipe n’a qu’un rôle de faire-valoir pour le héros. Ariane viole l’intimité de Cobb, par amour, par curiosité ou simple voyeurisme, on ne le sait pas vraiment car Nolan n’exploite pas le sujet. Quant à Arthur, il semble s’intéresser à Ariane, mais là non plus, on ne développera pas. On apprend que le père de Cobb a autrefois pratiqué l’extraction mais de cela non plus on ne saura rien.

Enfin les personnages de Saïto et Fischer ne sont qu’un prétexte, un point de départ vers l’inception.

Peut-être que le réalisateur a préféré laisser de côté la psychologie des personnages afin de se concentrer exclusivement sur la complexité du scénario.

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Scénario : 8/10

Le système labyrinthique du scénario rend l’histoire fascinante. Les personnages sont transportés d’un rêve à un autre par une construction pyramidale avec le risque de rester bloqués dans les limbes du subconscient. Le jeu autour des deux temporalités (celle du rêve différente de celle de la réalité) est particulièrement intéressante.

Mais par peur sans doute d’être trop complexe, Nolan a semble t-il trouvé bon d’expliquer continuellement les actions de ses personnages. Alors qu’on pourrait attendre du réalisateur qu’il joue avec le spectateur, il le rend un peu passif en lui détaillant tout du début à la fin. Par conséquent, point de mystère, juste un étalage quasi-clinique des opportunités offertes par le procédé. Les personnages ne cessent de dire ce qu’ils font, où ils vont et de préciser leurs intentions, si bien qu’on reste assis à regarder les scènes s’enchaîner comme au spectacle. Alors que dans Memento ou Le Prestige, Nolan jouait sur ce qu’on voyait et ce qu’on croyait voir, là, malgré le sujet, il reste dans une narration très linéaire avec un début, un affrontement, une fin. A peine laisse t-il entrevoir la possibilité d’une illusion avec le dernier plan.

Décor, photographie et effets spéciaux : 8/10

De ce point de vue, le film est tout simplement époustouflant. Il nous en met plein les yeux. Vraiment étonnant visuellement, Inception aurait même pu faire l’objet d’une version 3D. Le montage est parfois un peu haché mais on s’en accommode car le film est sans temps mort. Scène marquante : la bagarre dans le couloir, au deuxième niveau, façon Matrix.

 
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Musique : 6/10

Un peu imposante… Au début, ça va, on ne fait pas vraiment attention puis on s’aperçoit que ça ne s’arrête jamais, surtout dans la dernière demi-heure. Hans Zimmer, également compositeur du pénible Sherlock Holmes de Guy Ritchie et de l’inénarrable Da Vinci Code, fait un peu de gavage auditif. Autre épreuve sonore, le clin d’œil persistant à La Môme.

Verdict : 7/10

Inception est un très bon divertissement. C’est du grand spectacle avec un scénario consistant. On regrettera l’absence de profondeur des personnages secondaires ainsi qu’un héros beaucoup trop lisse. Le personnage aurait gagné en profondeur s’il avait eu quelques côtés sombres, à découvrir dans son subconscient. Pourtant, Nolan nous avait habitué à explorer la face obscure de ses personnages dans ces précédents films à l’exemple du dernier (The Dark Knight). De même Nolan aurait pu laisser un peu de mystère à son film au lieu de toujours tout expliquer. Le film est tout de même de bonne facture. A voir. 

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