MOON de Duncan Jones (2009)

affiche    

Quelles circonstances font qu’un très bon film soit privé d’une distribution en salles et ne sorte qu’en DVD ? D’habitude, ce châtiment est réservé aux navets comme Southland Tales de Richard Kelly. Là, malgré plusieurs prix (BAFTA, BIFA, Gerardmer,…), une série de mésaventures a entouré la diffusion de cet excellent film. D’abord sorti uniquement dans 8 salles aux Etats-Unis par Sony, il n’a fait l’objet d’aucune promotion susceptible de le voir sélectionné aux Oscars. Ensuite, son distributeur français, Swift (Lola, En avant jeunesse, Kinatay, Serbis…) n’a pas jugé bon de le sortir dans nos cinémas. Enfin, dernier sabotage en date : Sony aurait floué Jones en favorisant la location dvd plutôt que la vente commerciale en Angleterre. Malgré tout, le premier long-métrage de Duncan Jones, fils de David Bowie, arrive enfin en France avec la chance, peut-être, de remporter un petit succès public.

Le pitch :

Sam Bell travaille depuis trois ans sur la Lune à l’extraction d’hélium 3, nouvelle source d’énergie de la Terre. Il ne lui reste plus que deux semaines avant la fin de son contrat, après quoi il pourra retrouver sa femme et sa petite fille. Mais lors d’une expédition hors de son bunker lunaire, il fait une troublante découverte : un homme accidenté qui lui ressemble étrangement…

Drôle d’objet que ce huis clos mettant en opposition un homme face à lui-même. L’atmosphère stellaire donne l’impression que le temps est suspendu. Sam (Sam Rockwell) compte les jours dans sa tanière spatiale en visionnant les vidéos envoyées par sa femme et en discutant avec Gerty, le robot qui lui tient compagnie. La découverte de cet « autre » va remettre en question ses certitudes sur la vie. La vue d’un double, au comportement bien différent du sien, met en avant sa duplicité ainsi que ses erreurs passées. Le poids de l’isolement a marqué Sam, physiquement et moralement, tandis que l’autre, l’œil vif, a encore la motivation pour changer les choses. Sam veut rattraper le temps perdu avec sa famille mais peut-il encore rentrer ? On n’ira pas plus loin dans l’intrigue au risque de vous gâcher la surprise concernant « l’autre ». Toujours est-il que Moon est une belle œuvre du genre, offrant une réflexion sur le temps qui passe et ce qui fait la valeur d’un être humain. Une certaine mélancolie règne dans le film. La désillusion est permanente pour Sam qui découvre une réalité triste et implacable.

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La réalisation sobre et soignée retranscrit bien la sensation d’enfermement. Le vaisseau, d’un blanc immaculé, semble renvoyer à un miroir aux alouettes tandis que la réalité du sous-sol est plus sombre. Le film est également un bel hommage à 2001 : l’Odyssée de l’espace avec ses discussions entre homme et machine. Gerty, auquel Kevin Spacey prête sa voix, est à l’origine de la prise de conscience de Sam. Cyniquement, c’est la machine qui rappelle à l’homme sa propre humanité. Et la très belle musique de Clint Mansell, compositeur des films de Darren Aronofsky, accompagne la lucidité du personnage. Film de science-fiction à l’ancienne, presque dépourvu d’effets spéciaux, Moon charme par sa sensibilité et sa sincérité. La sortie de ce DVD est l’unique occasion de découvrir ce grand film. A voir absolument.

DVD France Télévisions distribution, sorti également en Blu-Ray

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