ORIGINAL VS REMAKE : PSYCHOSE d’Alfred Hitchcock (1960) / PSYCHO de Gus Van Sant (1998)

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Le danger du remake est double : soit on colle trop à l’original au risque de rendre son film impersonnel, soit, au contraire, on s’en démarque tellement qu’on se retrouve à faire un film hors-sujet. Dans le cas de Gus Van Sant, il s’agit de l’option copier-coller sans âme. En effet, le réalisateur de  Elephant et Harvey Milk a, comme pas mal de réalisateurs, quelques casseroles qu’il devrait effacer définitivement de sa filmographie. L’objet du délit ? Psycho, un mauvais remake du film d’Hitchcock, pondu en 1998. Ici, Gus Van Sant s’est miraculeusement planté en copiant Psychose plan par plan jusqu’à ridiculiser ce qui faisait la particularité du chef d’œuvre. Voyons ici ce qui a compromis son entreprise.

Pitch de l’original 

Pheonix, Arizona, vendredi 11 décembre, 14h43. Marion passe un bon moment à l’hôtel avec son amant avant de retourner travailler. De retour au bureau, elle croise un important client qui agite des billets sous son nez pour l’impressionner. La tentation est trop forte. Alors que son patron l’envoie à la banque déposer l’argent, elle quitte la ville avec le magot. Sa cavale l’entraîne dans un hôtel isolé tenu par un étrange jeune homme vivant seul avec sa mère : Norman Bates.

Pitch du remake

Même chose à la même heure, 38 ans plus tard et en couleur…

Mise en scène et première erreur de Gus 

Les deux films commencent de la même manière : une vue panoramique sur Pheonix puis l’entrée dans l’intimité du couple par la fenêtre de la chambre d’hôtel, comme un écho à Fenêtre sur Cour. On espère que le clin d’œil à la réalisation d’Hitchcock s’arrêtera là mais la scène se poursuit avec le sandwich pas entamé et le dialogue quasi identique à l’original. Dans la scène suivante, Gus Van Sant pousse le mimétisme jusqu’à mettre en arrière plan un figurant ayant la silhouette d’Hitchcock, au même endroit que dans l’original. Tout le monde le sait, Hitchcock avait l’habitude de faire une petite apparition dans ses films. D’ailleurs, c’est notre passe-temps à tous : deviner à quel moment apparaîtra le maître. Mais chez Gus Van Sant, à quoi ça sert ? Ce n’est pas Hitchcock, donc ça ne sert absolument à rien !

Hormis la couleur, rien ne différencie le story-board original du remake. Pire que tout, Gus Van Sant, s’est amusé à reproduire les mauvais trucages de l’époque. Ainsi, William H. Macy, qui joue le détective, chute dans l’escalier à l’aide d’une image défilant derrière lui. De même, quand Marion est dans sa voiture et qu’elle aperçoit son patron, celui-ci avance sur un faux fond en arrière-plan. Pourtant, en 1998, on peut se permettre un décor naturel ou du moins un studio digne de ce nom. On remarque également pas mal de détails anachroniques comme l’allure du détective très années 50 ou l’utilisation d’une opératrice pour passer un coup de fil (impensable en 98). Gus Van Sant semble vouloir restituer l’ambiance de l’original mais tous ces effets rendent le film kitch et incohérent.

Casting : Vince Vaughn en Norman Bates ? Mauvaise idée Gus, mauvaise idée…

La particularité de Psychose résidait beaucoup dans la personnalité ambiguë de Norman Bates. Cet homme, au premier abord charmant, serviable, un peu gauche, semblait trouble et inquiétant. Le personnage était incarné par Anthony Perkins, un acteur au physique de jeune premier, frêle, doux en apparence, mais qui cachait bien son jeu. Là, que nenni ! On prend un gros lourdaud baraqué comme Vin Diesel et on l’affuble d’un sourire narquois, limite vicieux. Donc, on se méfie dès le début. De plus, ce qui était troublant dans la première version, c’était la silhouette du tueur qui ressemblait à celle d’une femme fragile. On avait donc un doute sur l’identité du tueur. Chez Gus Van Sant, on voit tout de suite que c’est Musclor avec une perruque. C’est vraiment n’importe quoi !

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Autre erreur fatale : Norman Bates-Vaughn est un gros dégoûtant !

Dans la version d’Hitchcock, Bates tue sa mère parce qu’elle a un nouveau mari et qu’il perd son amour. Ensuite, quand Marion a le malheur d’évoquer la nécessité de placer « sa mère » dans une maison, Norman prend cette remarque pour lui puisqu’il croit par moment être elle. Ne pouvant posséder Marion, qui le regarde comme un fou, il l’a tue. On est face à un personnage totalement déséquilibré, versatile, sans cesse mal à l’aise, dont on ne connaît jamais les intentions. Version Gus Van Sant, Bates est juste un gros obsédé qui se masturbe (merci pour les bruitages, Gus!) en matant Marion en soutien-gorge par un trou dans le mur. Alors que dans la scène originale, le tueur surveillait sa proie sans montrer ses réelles intentions, ici tout est pathétiquement clair comme de l’eau de roche.

La scène clé : la douche ou comment Anne Heche suscite chez le spectateur des envies de meurtre

Anne Heche est nulle. Pas besoin d’avoir fait l’Actor Studio pour s’en rendre compte. Elle est sans expression et ça c’est un problème grave pour le film. Version Janet Leigh, Marion est stressée par son acte. Elle va et vient dans sa chambre, préparant sa cavale avec toujours un œil inquiet sur les billets. Jusqu’au dernier moment, elle semble hésiter. A l’hôtel, le moment de la douche arrive comme une pause, un répit dans sa cavale. Version Anne Heche, une seule expression sur le visage : yeux grand ouverts et sourire en coin de petite chipie. Pas d’inquiétude, pas le stress d’être découverte, donc on la regarde agir mécaniquement sans jamais s’attacher à elle. Sous la douche, Marion, inexpressive, se savonne quand soudain vient l’assassin (le costaud en perruque blonde). L’enchaînement des plans est bizarrement clipé. La scène du meurtre est entrecoupée d’images de ciel ombragé comme pour dire que c’est la fin pour Marion. De même manière qu’il y a, un peu plus loin dans le film, le plan d’une femme nue allongée et masquée comme pour insister lourdement sur la perversité de Norman. Les effets sont tellement artificiels qu’on a envie qu’il l’achève pour passer à autre chose.

http://www.dailymotion.com/video/x714lj_psycho-la-scene-de-la-douche_shortfilms

Verdict

Pas simple de faire un remake du Psychose d’Hitchcock. Malheureusement, Gus Van Sant s’est tiré une balle dans le pied à cause de son mauvais casting et de sa réalisation sans saveur. Il s’est contenté de reprendre bêtement le story-board original en y ajoutant quelques lourdeurs (images subliminales, bruitages de masturbation…). On a perdu toute la subtilité du premier film et toute la tension qui habitait les personnages. Psycho est un remake médiocre. Ce n’est pas pour rien qu’il reçut, en 1999, deux Razzie Awards pour célébrer sa nullité : celui du pire réalisateur et bien sûr celui du pire remake.

Original : 9/10 Remake : 0/10

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