TAMARA DREWE de Stephen Frears (2010) Note : 7/10

Tamara Drewe

 

 

Une résidence d’écrivains, située en pleine campagne anglaise, devient le théâtre d’un déchaînement de passions et de petites mesquineries. La responsable de tout ce cirque ? Tamara Drewe,
l’ancien vilain petit canard du village, devenue LE fantasme masculin dans toute sa splendeur. Tiraillée entre un bel éphèbe bricoleur, une rock star paumée et un quinquagénaire en crise, elle ne
sait plus où donner de la tête. Mais que cherche t-elle vraiment en revenant sur les lieux de son enfance ?

 

Tiré du roman graphique éponyme de Posy Simmonds, le film fonctionne essentiellement grâce à un ballet de personnages hauts en couleur et à l’humour très british. On rit beaucoup même si l’on ne
sait pas trop où nous mène cette comédie sans queue ni tête. Stephen Frears installe une situation burlesque, formidable matière pour les écrivains témoins des faits. Mais étrangement, ces
derniers ne s’en servent jamais. Soit ils s’enferment dans leur pseudo-roman, soit ils vivent l’angoisse de la page blanche. Tout comme ces scribouillards qui ne saisissent pas les opportunités,
Tamara Drewe ne voit pas le bonheur qui se présente à elle, toute occupée qu’elle est à réaliser ses vieux fantasmes d’ado. Avec son nez refait, son petit sourire enjôleur et son job de rêve,
elle rattrape le temps perdu par ses années de disgrâce. Ainsi, atterrissent dans son lit une sulfureuse star de rock et un écrivain à succès, mais surtout pas Andy, son premier amour. Et elle
n’est pas la seule à alimenter ce jeu de masques. On découvre également Nicholas, le roi du best-seller, qui doit sa notoriété au soutien sans faille de sa femme ; Beth, la fameuse épouse,
sorte de Bree Van De Kamp anglaise qui tolère les frasques de son mari (jusqu’à quand ?) ; Ben, le rocker instable, qui se révèle être un cœur fragile ; et bien sûr Glen,
l’écrivain américain, drôle, subtil, mais terriblement complexé.

Pourtant, le véritable personnage clé de cette histoire ne se dévoile qu’au milieu du film. Jody, la petite effrontée à l’origine de multiples rebondissements, est surtout la vraie Tamara Drewe
tandis que l’autre n’en est que la projection adulte. Chaque fois qu’elle passe à l’action, la jeune fille se motive par un dynamique « Vis ton rêve, Jody ». Jody tente de réaliser
aujourd’hui ce que Tamara voulait vivre à l’époque. Et c’est peut-être là que réside le réel sens de toute cette mascarade : laisser sortir le cri d’une ado frustrée, rêvant de
reconnaissance et de gloire, mais aspirant surtout à être regardée pour ce qu’elle est.

Plus subtil qu’il n’y paraît, Tamara Drewe rend hommage à la finesse de Thomas Hardy dont le roman, Loin de
la foule déchaînée
, a inspiré l’œuvre graphique de Posy Simmonds. Stephen Frears nous offre un film intelligent et drôle, porté par un casting plein de fraîcheur.