THE KILLER INSIDE ME de Michael Winterbottom (2010) Note : 7/10

 

Casey dans la voiture

 

Lou Ford a tout du gendre idéal. Calme, courtois et prévenant, ce shérif adjoint a su devenir une figure respectée dans sa petite ville du Texas. Mais Lou a un problème : il est
régulièrement saisi par d’irrésistibles envies de tuer. Nous suivons donc le parcours de ce psychopathe dans ses pulsions, ses errances et son absence de remords. Mais après plusieurs morts
singulières, certains commencent à avoir des soupçons…

 

 

 

Avec sa violence crue et son voyeurisme exacerbé, The killer inside me, adapté du roman de Jim Thompson, peut dès le début dérouter. Mais très vite,
on se laisse happé par l’itinéraire troublant de ce psychopathe sans but. Même en l’accompagnant dans ses faits et gestes, abreuvé par son récit criminel, on ne réussit jamais à percer le mystère
de ce détraqué. Certes, l’homme reproduit sur les femmes de sa vie le sadisme enseigné durant l’enfance par sa mère. Mais cela n’explique pas tout. Il y a cette part insondable du personnage qui
nous empêche, malgré ses confessions, d’être dans sa tête. Le film évite ainsi toute possibilité d’empathie et de fascination pour le tueur. Nous sommes témoin du mal mais pas partie prenante.
Ecœuré par l’acharnement criminel, on ne peut que mépriser l’acte. A l’inverse de certaines œuvres qui transforment les criminels en personnages cultes, The killer inside me balaye d’un revers de gant noir le mythe de l’assassin. Michael Winterbottom montre tout ce qu’il y a de plus insoutenable dans le
meurtre. Les gros plans insistent longuement (lourdement ?) sur une tête fracassée ou un corps abîmé, provoquant irrémédiablement le dégoût. De même, le réalisateur sait rendre son
personnage ridicule (comme lorsque Lou rate son crime en glissant dans l’urine de sa victime). Winterbottom rappelle que tuer est avant tout dégueulasse, inhumain, inhabituel. Jamais le film ne
banalise cet acte. Il n’offre au criminel aucune circonstance atténuante.

Lou est un personnage complexe. Il aime sincèrement Joyce et Amy mais d’un amour brutal. Et toutes deux s’offrent totalement à lui allant jusqu’à partager ses jeux sexuels macabres. Le sentiment
amoureux qu’elles lui témoignent déclenche chez lui une pulsion meurtrière. Comme si, fatalement, un trop plein d’amour ne pouvait engendrer qu’un déferlement de haine. Peu à peu, l’étau se
resserre sur Lou qui n’a d’autre choix que de continuer à tuer pour préserver son secret. Ainsi, il tue les femmes par instinct et les hommes pour se protéger, comme un animal. C’est tout
logiquement qu’il finit en bête traquée par ses mensonges et ses crimes. Casey Affleck (Gone baby gone, L’assassinat de Jesse James) incarne à la perfection ce monstre. Sa voix éraillée et sa nonchalance apportent  le
détachement nécessaire à ce personnage souvent insaisissable.

Bien sûr, on ne peut pas nier la violence insupportable qui rythme le film. La mise en scène parfois lourde va toujours plus loin dans la surenchère. Winterbottom persiste à montrer la chair
comme matière à la jouissance du mal. Mais à travers l’image c’est surtout la part monstrueuse qui peut habiter chacun d’entre nous qu’il faut y voir. The
killer inside me
est un film dérangeant mais lucide.