D’AMOUR ET D’EAU FRAICHE de Isabelle Czajka (2010) Note : 7/10

 

 

 

 

Avec sa jeunesse et son beau diplôme, elle espérait intégrer le monde du travail sans difficultés. Mais Julie découvre la réalité brutale des entreprises en quête de chair fraîche. En enchaînant
les petits boulots sans intérêt, elle croise la route de Ben, un jeune homme vivant au jour le jour, qui l’embarque pour une virée dans le sud.  Mais
sous ses airs d’escapade amoureuse, cette fuite prend une tournure inattendue…

 

Julie vit un entre-deux. Elle n’est plus étudiante mais pas encore dans la vie active, elle n’est plus adolescente mais n’a pas la maturité d’une adulte. Le film dresse, à travers elle, le
portrait d’une jeunesse paumée qui, faute de repères, peut vite basculer vers l’irrationnel. Alors que la première partie du film explore la difficile intégration des jeunes et la dureté des
rapports humains en entreprise, la deuxième partie l’entraîne dans une cavale sans issue.

Au début, elle fait tout pour être ce qu’on attend d’elle. Elève modèle, auréolée d’un beau Bac+5, elle n’est pourtant qu’un larbin corvéable à merci, même le week-end pour faire le baby-sitting
des patrons. C’est ce genre de petites humiliations qui finissent par l’excéder jusqu’à tout plaquer, d’autant que sa famille ne la soutient pas et ne l’écoute pas. Confrontée à une société qui
la méprise, elle abandonne assez vite le monde du travail comme elle s’abandonne aux hommes. Là encore, sa situation est trouble. Elle couche avec les hommes qu’elle rencontre et eux lui donnent
de l’argent pour la dépanner (10€ ou 100€) sans que ce soit réellement de la prostitution. Implicitement, Julie se monnaie comme une marchandise tout comme le travail la réduit à l’état d’objet
facilement remplaçable.

La rencontre avec Ben est le moyen d’échapper à ce quotidien difficile. L’escapade a quelque chose d’irréel et de furieusement romantique. Mais personne ne peut vraiment vivre d’amour et d’eau
fraîche. Le côté voyou de Ben l’effraie et l’attire en même temps. Elle s’engage alors vers une voie dangereuse et irréversible.

D’amour et d’eau fraîche est un film sensible portant un regard acerbe sur le monde du travail. L’interprétation d’Anaïs Demoustier est remarquable
et pleine de naturel. On aurait aimé que le film approfondisse plus l’aspect lié aux difficultés professionnelles au lieu de basculer trop vite dans le road movie fataliste. Malgré cela, le film
marque notamment par son évocation de la violence comme ultime réponse à la brutalité sociale.