RÉTROSPECTIVE PIERRE ÉTAIX !

Il était temps de voir les films de Pierre Étaix ! Après une terrible affaire de droits concernant l’exploitation de ses films, ce réalisateur injustement méconnu, a enfin pu retrouver l’entière maîtrise de son œuvre, pour notre plus grand plaisir. Cet ancien comparse de Jacques Tati, élevé au biberon du burlesque, nous ressort donc huit pépites de son chapeau : cinq long-métrages et trois courts, tous co-écrits avec Jean-Claude Carrière et entièrement restaurés. Une belle occasion de découvrir ou redécouvrir l’un des maîtres du slapstick* en France.

A la fois clown éclairé et gagman ingénieux, Pierre Étaix est avant tout un amoureux du cinéma qui ne cesse de multiplier les références subtiles et les déclarations passionnées à Chaplin, Keaton, Fellini, Lloyd, Groucho Marx et bien d’autres. C’est aussi un réalisateur puissant quand il s’agit de moquer le consumérisme à outrance et l’urbanisme déraisonné. Elégants mais gaffeurs, les personnages qu’interprète Pierre Étaix n’en sont pas moins lucides sur le monde qui les entoure. On plonge facilement dans son univers ludique, magique, très sonore, et on en sort émerveillé. Voici donc des films à voir et à revoir sans modération !

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Rupture (1961) CM

Un homme reçoit une lettre de rupture. Il décide de répondre à cette missive mais papier, encre et plume n’en font décidément qu’à leur tête ! Premier court-métrage de Pierre Etaix et tentative réussie d’installer une dynamique du gags propre à son univers.

Rupture

Heureux anniversaire (1961) CM

Récompensé par l’Oscar du meilleur court-métrage, ce récit comique met en scène un amoureux tentant désespérément de rejoindre sa femme pour leur dîner d’anniversaire. Mais une succession de mésaventures urbaines compromettent l’évènement.

 

Le soupirant (1963) LM

Un jeune homme enfermé dans ses recherches scientifiques est poussé au mariage par ses parents. Il décide alors de se mettre en quête de l’âme sœur. Mais ses techniques de séduction sont loin d’être efficaces.

Premier long-métrage d’Étaix, Le soupirant est une jolie fable sur les jeux de l’amour et du hasard avec en prime une évocation champêtre de l’œuvre de Jean Renoir.

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Yoyo (1964) LM

Yoyo, petit garçon d’un milliardaire désargenté et d’une écuyère, parcourt les villes en caravane et rêve du vieux château de son père. Devenu grand, Yoyo, le nouveau clown populaire, transforme son succès en industrie et reconstruit la fortune familiale. Mais est-ce vraiment la voie du bonheur ?

Deuxième long-métrage et bel hommage au monde du cirque dans lequel Pierre Etaix a toujours baigné. Yoyo est une ode à la vie simple, une réponse à un monde meurtri par les crises financières, deux guerres mondiales et des désillusions constantes. On y trouve un clin d’œil avisé à Chaplin, mais aussi à Fellini, notamment à la Strada dont les personnages (Giulietta Masina et Anthony Quinn) apparaissent sur une affiche comme les concurrents directs du spectacle de Yoyo. Il y a aussi une petite référence à 8 ½ dissimulée sur l’affiche de notre héros.

Tant qu’on a la santé (1965) LM

Film en quatre actes, quatre saynètes hilarantes et jubilatoires.

I – Insomnie

Pierre Étaix n’arrive pas à dormir. Il se lance dans la lecture d’une histoire de vampire. C’est l’occasion d’un hommage à Nosferatu de Murnau et à Vampyr de Dreyer…

II – Le cinématographe

Un vrai brûlot contre la société de consommation, mais surtout un récit à hurler de rire. Pierre Étaix est dans un cinéma et essaie désespérément de s’asseoir et d’apprécier un western. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire d’autant que les autres spectateurs changent de place, s’agitent, dorment, discutent… Bref, font tout sauf regarder tranquillement le film ! S’en suit un festival de parodies publicitaires (rappelant la chanson de Boris Vian La complainte du progrès) tellement absurdes qu’Étaix finit par exploser tout ça à la grenade, seul moyen d’arrêter cet abrutissement généralisé.

III – Tant qu’on a la santé

Un ballet de voitures qui n’arrivent pas à se garer, des gens pressés qui avancent comme des moutons, des médecins plus malades que leurs patients… Bienvenue dans le monde moderne !

IV – Nous n’irons plus au bois

 Quand les citadins font un pique-nique à la campagne, tous aux abris !

En pleine forme (1965) CM

Un homme veut camper tranquillement en pleine nature mais un mauvais café et un gendarme passant par là vont définitivement gâcher sa matinée. Le voilà obligé de rejoindre le camping le plus proche surpeuplé, inconfortable et ayant des allures de prison. Faisant partie à l’origine du long-métrage Quand on a la santé lors de sa sortie, En pleine forme a été extrait plus tard pour en faire un court-métrage. Encore une bonne occasion de singer les travers des citadins à la campagne.

Le grand amour (1968) LM

C’est dur le mariage, surtout quand on a des beaux-parents envahissants, que la routine s’installe et qu’une jolie secrétaire pointe le bout de son nez…

Quatrième long-métrage de Pierre Étaix et deuxième film pour la toute jeune Nicole Calfan (Borsalino, Le Casse), Le grand amour évoque les affres de la vie conjugale et l’épreuve du temps. C’est l’un des plus touchants d’Étaix et des plus
allégoriques.

Pays de cocagne (1969) LM

Au lendemain de Mai 68 et des premiers pas de l’homme sur la Lune, Pierre Etaix rencontre les Français sur leur lieu de vacances. C’est l’occasion d’établir une radiographie de notre société et de dresser une critique grinçante de la consommation de masse.

Ce qui est à la fois génial et effrayant dans Pays de Cocagne, c’est que 40 ans plus tard nous nous retrouvons exactement avec les mêmes problématiques qu’à l’époque. Le film passe en revue tous les grands sujets actuels : la culture de masse, la publicité, le star system, les rapports hommes/femmes, la pollution, la famine, l’élitisme politique, la violence, l’homosexualité… avec chaque fois des avis très différents. Rien n’a vraiment changé si ce n’est le vocabulaire employé. Alors qu’aujourd’hui on parle de cités, hier on évoquait pudiquement « les grands ensembles » mais les gens sont tout autant parqués dans des cages à lapins. Tandis que l’on parle de sexualité, ici il s’agit d’«érotisme » mais son utilisation commerciale reste la même. Le film appuie également sur le désintérêt de la population pour l’information et donc sur la crétinisation des esprits plus enclins à ingurgiter la publicité. Pierre Étaix sonorise le tout avec les fausses notes des participants à un radio-crochet comme pour illustrer un monde qui vacille. Malgré les images surannées, ce documentaire est criant de modernisme. C’est fin, intelligent et plein d’humour.

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Livre :

Pierre Étaix a élaboré les principaux gags de Mon oncle de Jacques Tati ainsi que les affiches du film.

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Liens :

http://www.carlottavod.com/

http://www.fondation-groupama-gan.com/

http://www.technicolorfilmfoundation.org./fr/accueil/projets/la-restauration-de-lintegrale-cinema-pierre-etaix.html

http://www.studio37-orange.com/film/255/integrale-de-pierre-etaix-.html

* « slapstick » kezako ?http://fr.wikipedia.org/wiki/Slapstick

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