DES HOMMES ET DES DIEUX de Xavier Beauvois (2010) Note : 7/10

Des hommes et des dieux l'affiche

En 1996, sept moines trappistes du monastère de Tibhirine, en Algérie, sont enlevés et assassinés. Malgré un communiqué attribué au GIA (Groupe Islamique Armé) revendiquant le crime, on a évoqué, plus tard, la possible responsabilité de l’armée algérienne. Plutôt que de répondre à ce mystère, le film préfère s’intéresser aux derniers jours vécus par ces moines, à leur choix et à leur engagement.

Xavier Beauvois s’attache aussi bien à l’unité des moines qu’à leur individualité. Il évoque la foi qui les rassemble et le doute qui les divise. Face au danger, chacun hésite entre partir et rester, remettant ainsi en question leur engagement vis-à-vis d’un peuple miséreux. Faut-il partir pour sauver sa vie et jouer le jeu des terroristes en abandonnant ceux qui ont besoin de leur soutien ? Ou rester au mépris du danger car leur dévotion religieuse les destine irrémédiablement à mourir ? Personne ne semble sûr de son choix au début si ce n’est le frère Christian (Lambert Wilson) convaincu du bien fondé de sa présence en Algérie. Le film montre toute sa force dans les scènes de rassemblement où les moines débattent de leur situation. Ils montrent ainsi leurs faiblesses et leurs peurs, quitte à se montrer « égoïstes » mais terriblement humains car ils répondent à un simple instinct de survie. Les moments de dialogues avec le peuple algérien est le moyen de montrer un lien universel entre les générations, les communautés et les religions. Enfin, le film se plaît à poser un regard serein sur les plaines de Tibhirine.

Concernant les auteurs du crime, le film laisse le doute planer. A première vue, les moines sont les victimes du GIA dont le harcèlement incessant est plusieurs fois évoqué dans le film. Pourtant, une scène remet en cause cette responsabilité. S’étant préparés à la mort, les moines se réunissent pour prier quand soudain un hélicoptère militaire survole le monastère. Cette scène emphatique montre à la fois l’inquiétude et la résignation des moines qui décident de chanter ensemble les yeux vers le ciel. Le danger est ressenti alors même que l’armée algérienne est censée protéger frère Christian et ses amis. Etrangement, cette scène intense semble nous dire que le temps est venu. Mais la mort viendra bien plus tard.

Le film est un peu moins bon dans son interprétation de la foi. On frôle parfois la caricature à cause de cette béatitude exacerbée qui habite les personnages. La musique, les regards complices et les sourires benoîts servent une posture religieuse figée comme dans la Cène rejouée par les moines sur fond de Lac des signes. De plus, on a du mal à cerner cet attachement aveugle pour l’Algérie. Xavier Beauvois évite d’expliquer pourquoi les moines ce sont installés à Tibhirine plutôt qu’ailleurs. Pourquoi ne pas aller dans un autre pays musulman en difficultés pour poursuivre leur mission ? Il manque le passif de chaque moine lié à l’Algérie qui est pourtant une donnée importante dans leur choix final.

Malgré tout Des hommes et des dieux est un bon film, riche, émouvant et pudique. Il ne verse jamais dans le jugement, invite à une sérénité d’esprit et diffuse un message œcuménique.

 
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