BENDA BILILI ! de Renaud Barret et Florent de La Tullaye (2010) Note : 9/10

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Tous atteints de poliomyélite, les musiciens quinquagénaires du Staff Benda Bilili jouent dans les rues chancelantes de Kinshasa. Le coup de cœur de deux réalisateurs, venus tourner un film sur la musique urbaine en République Démocratique du Congo, les amène à produire l’album de ce groupe incroyable. Pendant cinq ans, le documentaire suit l’évolution des membres du Benda Bilili et notamment de Roger, jeune garçon vivant dans la rue, que Ricky, leader du groupe, prend sous son aile. Une rencontre magique qui les mènera jusqu’en Europe.

Dès les premières minutes, le film nous touche. Impossible de rester insensible au désarroi des enfants et à leur regard pessimiste sur l’avenir. « Ce pays est foutu » répètent-ils à l’envi. Sans oublier, la poliomyélite qui, faute de vaccins, a envahi la population. C’est donc un peuple estropié, physiquement et moralement, que nous regardons déambuler dans un pays miné par la pauvreté. Un seul choix s’impose : la débrouille, les petits boulots et parfois la musique, à laquelle se raccroche certains bien décidés à ne pas se laisser envahir par la tristesse et la souffrance. On découvre alors le Staff Benda Bilili, un groupe de musiciens fabuleux, chantant leurs joies et leurs peines dans leurs étranges engins mi-fauteuils roulants, mi-bolides. Unis par une solidarité sans faille, les membres nous offrent une véritable leçon de vie et d’humilité. C’est à la fois, l’histoire d’un groupe, d’un pays meurtri, mais aussi d’une transmission. Roger, petit protégé de Ricky, élève discipliné, sait qu’il a encore beaucoup à apprendre mais comprend aussi qu’il est la relève de ces musiciens vieillissants. Benda Bilili ! est donc une affaire d’héritage culturel, un patrimoine musical qu’il faut faire connaître à travers le monde.

Pourtant acteurs du destin du groupe, les deux réalisateurs choisissent de ne pas se mettre en scène. Ils n’interviennent que très rarement (en voix off au début, par écrit par la suite), laissant toute la place aux héros de cette aventure. La pudeur est encore là lorsque l’on évoque, à demi-mot, l’errance de Roger. Ce laps de temps où le Staff Benda Bilili n’existe plus, cette période où chacun des membres est rattrapé par les soucis du quotidien, est aussi la fin d’une échappatoire pour Roger. Que devient-il pendant cette année qui sépare les deux visites des réalisateurs ? On s’en doute, mais on en aura la confirmation que bien plus tard. Un an est déjà passé depuis la première rencontre en 2004, Roger a grandi. La perspective d’un album ravive l’enthousiasme de Ricky, prêt à retrouver chacun des membres de son groupe dispersés un peu partout. Sur une petite barque, surgit Roger, looké en rappeur américain, taciturne, l’air détaché et accompagné de son gang. L’image du petit garçon de 13 ans avec son satongué, instrument monocorde qu’il s’est fabriqué, semble déjà loin. Mais en y regardant de plus près, l’objet est toujours là, entre ses mains : le rêve d’une vie d’artiste n’a pas encore totalement disparu. L’aventure peut continuer. Ce sont ces moments lumineux, ces petites lueurs d’espoir qui animent le film et le rendent si touchant.

Benda Bilili ! (« au-delà des apparences » en lingala) est un magnifique documentaire, d’une richesse et d’une force étonnantes, qui donne une furieuse envie de danser !

Album : Staff Benda Bilili « Très très fort »

http://www.myspace.com/staffbendabilili

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