LES AMOURS IMAGINAIRES de Xavier Dolan (2010) Note : 7/10

LES AMOURS IMAGINAIRES de Xavier Dolan affiche

 

A Montréal, deux amis, Francis et Marie, tombent amoureux de Nicolas, un beau blond aux allures de dieu grec. Démarre alors une rivalité malsaine pleine de coups bas et de torture mentale. Ce
récit mi-tragique, mi-comique, est rythmé par les témoignages de jeunes gens évoquant leurs déceptions sentimentales.

 

Malgré son côté un peu ronflant et sa mise en scène très maniérée, j’ai beaucoup aimé ce film. Et pourtant, ce n’était pas gagné : avec ses ralentis intempestifs et ses effets colorama, le
film semblait cultiver une branchitude exaspérante. Mais très vite, on se laisse séduire par ce triangle amoureux, cette rivalité subtile et, tout simplement, un jeu d’acteurs ébouriffant. La
détresse de Francis, joué par Xavier Dolan, et sa douleur d’amoureux frustré, attendrissent inévitablement. Face à lui, il y a Marie, son amie et rivale, lookée en femme au foyer des années 50,
pète-sec et pince-sans-rire. Les deux personnages ont des caractères diamétralement opposés mais ils ont aussi une très forte complicité. Tous deux se mettent en tête de séduire le beau Nicolas.
Ce garçon charmant, désarmant, nonchalant, contemple leurs parades amoureuses avec indifférence. Quand on regarde Nicolas, on a  l’impression de voir
s’animer le David de Michel-Ange. Le personnage rappelle beaucoup Tadzio dans Mort à Venise de Visconti, avec ce côté insaisissable et interdit.
D’ailleurs, les références cinéphiliques ne manquent pas : entre les gros clins d’œil à In the mood for love de Wong Kar-Waï et à la Nouvelle
Vague, Xavier Dolan déclare son amour au cinéma d’hier et d’aujourd’hui. Marie, grimée en Audrey Hepburn, et Francis en James Dean déambulent dans un Montréal aux accents new-yorkais. La lutte
silencieuse entre les deux amis n’en est pas moins cruelle, surtout que Nicolas, jeune homme aérien, plane au dessus du conflit sans jamais se brûler les ailes. Souvent pathétiques, les deux
rivaux s’accrochent à n’importe quel petit moment misérable d’intimité avec Nicolas, alors que le jeune homme dit des « je t’aime » comme il dirait « bonjour ». Xavier Dolan a
eu la bonne idée d’illustrer son propos par des témoignages de jeunes racontant leur misère affective. C’est drôle, frais et cela dédramatise énormément la situation tragique des personnages. Le
film a ses défauts (esthétiques surtout) mais l’interprétation du trio l’emporte sur le reste. C‘est un film à découvrir.