VOUS ALLEZ RENCONTRER UN BEL ET SOMBRE INCONNU de Woody Allen (2010) Note : 6/10

Vous allez renconter... affiche

Woody Allen a un petit coup de mou. Après nous avoir gratifié, ces dernières années, de jolies pépites anglaises (Match Point, Le rêve de Cassandre), d’une sérénade espagnole acidulée (Vicky Christina Barcelona) et d’une fine comédie new-yorkaise (Whatever works), il nous revient avec une drôlerie londonienne, certes sympathique, mais un peu fade. Pourtant le début était prometteur : après 40 ans de mariage, Alfie (Anthony Hopkins) pris par le démon de midi, quitte sa femme Helena (Gemma Jones). Après une tentative de suicide ratée, Helena s’octroie les services d’une voyante nommée Cristal. Mais la médium régit, de plus en plus, la vie de sa cliente et, indirectement, celle de son entourage.

Malgré un casting des plus alléchant (Anthony Hopkins, Naomi Watts, Josh Broalin, Antonio Banderas, Freida Pinto…), on reste sur sa faim. Il y a pourtant tout pour faire une excellente comédie. Anthony Hopkins, jouant ici l’alter ego de Woody Allen, est un vieux bonhomme en crise aussi touchant que pathétique. Il se réveille avec l’horrible impression de se rapprocher inéluctablement de la mort et d’être passé à côté de sa vie. La rencontre avec Charmaine, une prostituée pseudo actrice, lui permet de revivre sa jeunesse et peut-être même d’avoir le fils qu’il n’a jamais eu. Mais tout ceci n’est qu’un leurre. La bimbo se contente de combler artificiellement un vide existentiel. En parallèle, il y a Sally (Naomi Watts), fille d’Helena et d’Alfie, et épouse de Roy, un écrivain en panne. Sally est secrètement amoureuse de son nouveau patron, Greg (Antonio Banderas) un galeriste renommé qui n’a pas un regard pour elle. Quant à Roy, mari un brin immature, il fantasme sur sa voisine Dia, qui va bientôt se marier. Et la voyante dans tout ça ? C’est une bouée de sauvetage à laquelle se raccroche Helena pour ne pas sombrer. Elle lui dit ce qu’elle a envie d’entendre et sert de justification aux intrusions intempestives d’Helena dans la vie de couple de sa fille. La voyante est une excuse, un placebo pour une femme qui a besoin de se bercer d’illusions. Helena est dans le même aveuglement que Jonathan, un veuf, gérant d’une librairie ésotérique. Le film met en scène des personnages pitoyables par leurs sentiments et leurs faiblesses. Leurs émotions ne font que les ridiculiser mais c’est aussi cela qui les maintient en vie.

Toute cette palette de personnages et ces mélis-mélos amoureux auraient pu servir une histoire hilarante et mordante mais la mayonnaise ne prend pas. On ne rit jamais, on sourit de temps en temps et parfois même on s’ennuie. A cause de quoi ? Peut-être trop de situations sans surprises car vues maintes et maintes fois chez Woody, des dialogues sans panache (étonnant de la part du réalisateur !) ou encore une mise en scène assez paresseuse. Il y a aussi ce choix totalement ahurissant de ne pas clôturer les histoires. Hormis Helena et Jonathan, animés par la même spiritualité de pacotille, les autres restent dans des situations inextricables parce qu’ils ne croient en rien. C’est une drôle de fable que nous livre Woody Allen, pas inintéressante mais un peu maladroite. 

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