EXPO : LARRY CLARK – KISS THE PAST HELLO (2010) au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (2010)

Expo larry clark

Fallait-il ou ne fallait-il pas interdire cette exposition aux moins de 18 ans ? Polémique ridicule tant le propos de Larry Clark est ailleurs. L’ARC* propose depuis le 8 octobre et pour la première fois en France une rétrospective du réalisateur photographe américain. L’exposition est l’occasion de découvrir un très beau panorama des clichés pris durant une quarantaine d’années autour d’une jeunesse désœuvrée mais captivante. Sexe, drogue, armes à feu… Larry Clarke ne nous épargne rien du
quotidien de ces jeunes qui vivent trop vite et trop fort des situations d’adultes dans des corps d’enfants. Alors, est-ce vraiment une expo choc ? Ambiance… Samedi après-midi, vers 14h. Deuxième jour d’expo. La chaleur envahit, peu à peu les salles du Musée d’Art Moderne de la ville de Paris. Il commence à y avoir du monde mais ce n’est pas encore la bousculade. Bien sûr, la très gentille caissière  m’a demandée ma carte d’identité par formalité. Mais je suis tout de même flattée qu’on ose encore me la réclamer alors que j’ai atteint les 18 ans il y a plus de 10 ans déjà ! Les premiers clichés montrent le travail de Frances Clark, la mère de Larry, pour laquelle il a travaillé comme assistant dès 14 ans. Les photographies de toutous endimanchés comme des poupées et des bébés saisis dans des postures angéliques ont un côté presque surréaliste tellement elles tranchent avec celles de Larry Clark.

La première série de photos du portfolio Tulsa, ville natale de Clark, montre de manière très réaliste la
jeunesse des années 60/70. On remarque un très beau jeu de lumière sur un noir et blanc pourtant peu contrasté. Cet effet accentue un regard vague inhérent à toutes les images. On y voit l’euphorie sexuelle et la violence d’une jeunesse sans repères, des seringues plantées dans le bras, des bébés victimes innocentes d’une inconscience généralisée et des moments d’errance. C’est un premier ensemble très fort dont on retiendra, notamment, la photo d’un jeune homme torse nu, au volant de sa voiture, regardant devant lui avec un mélange d’inquiétude et de désinvolture qui illustre bien toute l’ambiguïté de la jeunesse.

Pendant que je regarde le petit film tourné en 16mm (1964) et montrant ses amis en plein shoot, je vois Larry Clark traverser d’une traite son exposition, tout affairé à je ne sais quoi. Il rejoint rapidement deux jeunes au look gothique qu’il connaît et avec qui il discute un moment. Puis il s’en va avec eux sans qu’aucun des visiteurs ne le reconnaissent. Il faut dire que les curieux qui ont franchi la porte de l’expo sont particulièrement captivés par les images. Après cette brève interruption, je me remets au 16mm. On y voit un type préparant sa seringue entouré de ses amis, une femme enceinte se rhabillant, une blonde choucroutée totalement stone et toujours ce regard vague que la lumière du jour n’arrive pas à estomper. La série de photos suivante est tirée de Teenage Lust, deuxième ouvrage de Clark. On y voit une nudité plus ou moins assumée, une sexualité crue, mais aussi des jeunes filles qui s’offrent en regardant ailleurs. La plus belle photo de l’ensemble est celle du couple nu dans une voiture, celle-là même qui fait le tour de la presse à cause d’une main baladeuse (voir la fameuse une de Libé du 7 octobre). La force de cette image réside dans une intensité émotionnelle et une grande sincérité. Oui, certaines images peuvent choquer mais il faut plutôt y voir un regard sociologique sur une jeunesse qui utilise le sexe comme moyen d’expression et la drogue comme cri d’alerte.

L’autre série de photos marquante est celle des années 90, en couleur, autour de Jonathan Velasquez, jeune latino-américain de Los Angeles. On y voit sa transformation physique au fil des années et une troublante androgynie quand il arbore de jolies mèches blondes. L’image la plus forte est ce lot de photos où Jonathan est nu, exhibant un corps fin de jeune garçon et un sexe d’homme adulte. Cette mini-série se conclut par une photo du jeune homme endormi dans des draps à l’effigie de Winnie l’Ourson. Il y a aussi le regard charmeur de Tiffany Limos (Ken Park) devenue depuis la compagne de Larry Clark, les skaters de Los Angeles à l’énergie débordante vus dans Wassup Rockers, et une étrange série de photos où un jeune simule plusieurs tentatives de suicide comme un ultime cri du cœur.

De Larry Clark, je connaissais surtout Ken Park (2002), film un peu trop voyeuriste sur les dérives adolescentes, et Impaled, court-métrage assez intéressant, issu du film collectif Destricted sur la pornographie. Donc, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Pourtant, ce fut une très bonne surprise. L’expo balaie une œuvre réaliste et sans concessions sur la jeunesse américaine. Même si certaines photos sont assez crues, il est vraiment dommage de réduire l’exposition à une provocation pornographique. Ce qu’il faut plutôt retenir, c’est une vision naturaliste d’un désoeuvrement de la jeunesse. On regrettera juste de ne pas en savoir plus sur les jeunes photographiés.

Exposition LARRY CLARK Kiss the past hello

Du 8 octobre 2010 au 2 janvier 2011 au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris/ARC

http://mam.paris.fr/fr/expositions/larry-clark

*L’ARC : Département « Animation, Recherche, Confrontation » du Musée d’Art Moderne de la ville de Paris

 
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