JEAN-MICHEL BASQUIAT : THE RADIANT CHILD de Tamra Davis (2010) Note : 7/10

 

Basquiat de Tamra Davis

En 1977, un jeune noir d’origine portoricaine et haïtienne recouvre les murs de New York de graffitis évocateurs et de poèmes énigmatiques. Avec son acolyte Al Diaz, il rêve de bousculer le monde de l’art. Signant ses œuvres d’un simple SAMO© (Same Old Shit), il troque très vite son pseudo contre son vrai nom lorsqu’il franchit enfin les portes des galeries d’art : Jean-Michel Basquiat.

A 18 ans à peine, Basquiat surprend, provoque, convoque la mémoire, saisit l’avenir et renvoie à la société une image brutale, un art brut. Le jeune homme peint partout, sur les murs, les meubles, des fenêtres ou des portes trouvées dans la rue. Après pas mal de galères, la carrière de Basquiat explose. Mais malgré l’attention qu’on lui porte, le chemin vers la reconnaissance artistique sera long, voire posthume. C’est ce parcours à la fois fulgurant et chaotique que nous décrit la réalisatrice Tamra Davis qui l’a bien connu. Elle en profite pour dévoiler un entretien inédit, resté 20 ans dans ses tiroirs, où Basquiat, au sommet de sa gloire, se raconte timidement. The Radiant Child est un document intéressant sur plusieurs points. Il recontextualise les œuvres de Basquiat, y apporte les clés d’un éventuel décryptage et explore la personnalité complexe de l’artiste. Issu de la classe moyenne, Jean-Michel Basquiat grandit dans les musées new-yorkais. Sa mère dessinatrice l’initie au monde de la peinture. Très vite il ingère cette culture foisonnante pour la régurgiter en art urbain. La littérature de William Burroughs et de Mark Twain, le livre d’anatomie d’Henry Gray ou encore le jazz de Miles Davis et de Charlie Parker sont des sources d’inspiration inépuisables.  Sa peinture convoque des artistes comme Jackson Pollock, Picasso (dont Guernica est sa plus grande référence) ou encore Matisse. Il se rapproche des superstars que sont Warhol, Keith Haring et Julian Schnabel. Mais en ayant intégré ce microcosme d’avant-garde, il devient aussi l’épicentre d’un système étouffant qui, paradoxalement, ne lui apporte pas la même valeur qu’un artiste blanc. Même s’il expose dans les galeries huppées de New York et de Los Angeles, qu’il vend des toiles à 30000$, il reste un « sauvage » qui fait de l’art trop primitif pour investir le MoMA.

Le documentaire rassemble les témoignages des artistes, musiciens, galeristes, amis et compagnes qui ont assisté à l’ascension et à la déchéance de ce jeune loup mal-aimé. Bien sûr, le film n’est pas parfait. On regrette notamment un montage trop haché durant la première demi-heure avec des informations en pagaille et des plans pas plus longs que 5 secondes. Mais quand la caméra décide enfin de se poser pour laisser s’exprimer l’artiste, pour écouter la nostalgie des uns et les regrets des autres, le récit devient fascinant. Basquiat y montre son oeil vif, sa lucidité mais aussi ses désillusions. Puis viennent l’héroïne qui le ronge jusqu’à la moelle, la solitude et la mort tout aussi évidente qu’inattendue. Basquiat meurt à 27 ans. Il aurait eu 50 ans cette année. L’artiste laisse derrière lui des milliers de toiles. Le documentaire de Tamra Davis est essentiel en préambule de l’exposition.

 

Titre VO : Jean-Michel Basquiat : The Radiant Child/ Pays : USA/ Durée : 1h28/ Distribué par Pretty Pictures/ Sortie le 13 octobre 2010

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