THE SOCIAL NETWORK de David Fincher (2010)

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Mark Zuckerberg, jeune surdoué de Harvard, est un nerd enfermé dans ses codes et sa suffisance. Largué par sa copine et frustré de ne pas faire partie des Final clubs, ces confréries d’étudiants très sélectes, il cherche à faire quelque chose de grand. Mais quoi ? Avec son site Facematch qui compare les filles du campus, il attire l’œil de deux frères BCBG qui veulent créer un réseau social universitaire. Quelques semaines plus tard naît Facebook sous les seuls noms de Mark Zuckerberg et Eduardo Saverin, son unique copain d’Harvard. La suite, on la connaît : 500 millions d’utilisateurs, un phénomène mondial et un petit génie qui brasse des milliards. Le film revient sur cette succès story émaillée de deux procès : l’un intenté par les frères Winklevoss, l’autre par son associé Saverin.

David Fincher s’en sort plutôt bien avec cette histoire de trahison au pays des geeks. Pas évident pourtant avec un thème comme Facebook qui aurait pu vite tourner au nanar bling-bling s’il avait été filmé par Oliver Stone, par exemple. D’ailleurs, Fincher est l’anti-Stone dans toute sa splendeur : mise en scène sobre, cadrage modeste, longues scènes de dialogues subtils, caméra qui s’attarde sur les personnages… Après les très marquants Seven, Fight Club et Zodiac, c’est un peu un retour aux sources cinématographiquement avec un film dénué d’effets visuels inutiles. Derrière le succès de Facebook, une histoire de vengeance assez ahurissante puisqu’une déception amoureuse et le rejet d’une élite suffisent à donner des ailes à un petit informaticien en claquettes. Jessie Eisenberg joue un Marck Zuckerberg énigmatique, nullement attiré par l’argent mais plutôt par la beauté du geste. C’est un personnage entre deux mondes : celui de l’académisme pompeux incarné par les deux fils à papa dont la voie est toute tracée et celui de la célébrité étourdissante, mais tout aussi ronflante, de Sean Parker, le créateur de Napster (Justin Timberlake). Zuckerberg semble trahir tout le monde pour se préserver d’un succès bien trop grisant. Il rejette tout affect préférant s’enfermer dans sa tour d’ivoire pleine d’algorithmes, sans jamais regretter ses actes. Même son acolyte, Eduardo Saverin, sera la victime collatérale de son ambition démesurée, comme s’il voulait rompre définitivement toute relation humaine. 

Le héros a un côté tellement détaché que rien ne semble grave. Du coup, on se sent parfois un peu extérieur à tout ça. D’autant que Fincher a parfois du mal à lier l’histoire à son époque. Comment un garçon totalement asocial réussit-il à fédérer des millions d’internautes à travers le monde ? David Fincher exploite timidement le paradoxe. N’oublions pas que Facebook est aussi le résultat d’un exhibitionnisme exacerbé de la jeunesse. Le besoin de se montrer, d’afficher son statut social, sentimental, professionnel, cette nécessité de déballage permanent est l’une des composantes de ce succès, dont l’apparition d’Internet en fut l’origine. Mais de cela on ne parlera pas. Le film préfère ce concentrer sur ce petit monde d’universitaires qui ne cherchent qu’à bousculer les règles. L’avenir appartient à ceux qui aiment prendre des risques nous dit Fincher. Pour illustrer son propos, il utilise les frères Winklevoss, enfermés pathétiquement dans leurs conventions et leur code d’honneur à la mords moi le nœud. Ils sont là, conduisant leur barque d’aviron en avant toute, obsédés par le prestige d’une élite, donc forcément anachroniques, pendant que le monde bouge. Il y a les images très étranges, floutées comme des flash-back, d’une course d’aviron où les frères avancent mécaniquement, comme dans un film de Leni Riefenstahl. Les Winklevoss semblent hors du temps et donc un peu dépassés. En revanche, certains personnages, notamment féminins, n’apportent absolument rien à l’histoire : Rashida Jones, qui joue la juriste stagiaire, est juste une sorte de faire-valoir pour dire que Zuckerberg n’est pas si mauvais. Merci bien, on avait compris, ça fait 2 heures que Fincher tente de le rendre attachant.

Que retenir de tout ça au final ? Un vaste jeu d’enfants qui se transforme en mine d’or du capitalisme puisque tout est monétisable, et un jeune, presque autiste, qui, malgré ses 500 millions « d’amis », reste désespérément seul. 

Titre VO : The social network/ Réalisateur : David Fincher/ Pays : USA/ Distribué par Sony Pictures/ Durée : 2h00/ Sortie le 13 octobre 2010

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