LE VIEUX FUSIL de Robert Enrico (1975)

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Montauban 1944. Julien Tandieu, chirurgien de campagne, essaie tant bien que mal d’avoir une vie de famille normale malgré la guerre. La présence de résistants, parmi les blessés qu’il soigne, lui fait craindre des représailles de la Gestapo. Pour protéger sa femme, Clara, et sa fille, Florence, il les envoie dans son château situé sur les hauteurs d’un petit village. Mais lorsqu’il les rejoint quelques jours plus tard, Julien fait une macabre découverte.

Un bonheur extrême et une immense tragédie

Robert Enrico s’est inspiré du massacre d’Oradour-sur-Glane pour raconter cette histoire de vengeance tragique et violente. Le personnage de Julien, interprété par Philippe Noiret, a une force tranquille qui contraste avec l’horreur des faits. D’ailleurs, Robert Enrico joue continuellement sur les contrastes. Le réalisateur multiplie les instants conviviaux en même temps que les scènes de carnage comme pour montrer l’absurdité de la guerre. Alors que Clara et Julien savourent leur petit bonheur, les rues sont parsemées de résistants pendus. De même, quand l’équipe soignante prend un apéritif, on ne peut ignorer toutes les blouses ensanglantées. Puis, bien sûr, dans la deuxième partie du film, après le massacre, il y a tous les flash-back de vie de famille qui s’opposent aux scènes de tueries entre Julien et les Nazis, au cœur même du domaine familial.  Le basculement d’un état euphorique à un état d’extrême tragédie est tellement violent qu’il oblige le spectateur à prendre de la hauteur, à relativiser la vie. Le drame fait réaliser la fugacité du bonheur.

Du pacifisme à la vengeance

Julien passe par toutes les phases d’émotions. Dans la première partie du film, on est spectateur d’un quotidien bourgeois dont la joie de vivre est presque indécente par rapport aux évènements. Les personnages semblent aveuglés par leur bonheur. Mais cette sérénité constante, malgré la guerre, révèle aussi un profond pacifisme. Julien le dit lui-même : « Je ne fais pas de politique ». Il ne prend pas partie, préférant attendre paisiblement la fin de la guerre, avec un œil bienveillant pour les partisans. Mais lorsque les Nazis détruisent son bonheur, il devient quelqu’un d’autre. Rongé par la culpabilité d’avoir mené sa famille à la mort, il se transforme en ange exterminateur. La vue des corps dans l’église libère Julien de toute croyance religieuse. C’est ainsi qu’il détruit rageusement les statues de la Vierge et du Christ. Puis, il bascule dans une haine indicible, nous prenant à témoin, face caméra. Cette guerre devient sa guerre, une lutte qu’il mènera seul, refusant l’aide extérieure. Pour servir sa vengeance, il s’arme du vieux fusil de son enfance, celui que son grand-père utilisait pour chasser le sanglier. L’objet est tout trouvé : ne s’agit-il pas de tuer des bêtes sauvages ?

La boucherie et la métaphore carnassière

Le film utilise métaphoriquement l’image de la viande. On est continuellement assailli de chair, de charcuterie, de sang… comme pour montrer que la guerre est une vaste boucherie. Il y a des scènes étrangement festives autour de la viande. Par exemple, durant une fête, on voit Clara (Romy Schneider) découper le cochon et rire aux éclats. De même, on observait les médecins trinquer après avoir charcuté un corps. Tout cela fait penser à une danse macabre. L’utilisation répugnante d’un lance-flamme est montré comme un jeu pour les Nazis. La vue du village décimé est tout simplement insoutenable. Le choix d’appeler le château « la Barberie » n’est pas non plus anodin. De toutes ces scènes, on ne retient que le dégoût qu’elles suscitent. Cette guerre ne fait que déshumaniser les corps.

Le vieux fusil est un film puissant, douloureux et nécessaire. Philippe Noiret y est magistral et Romy Schneider toujours aussi fascinante. Dans les flash-back de Julien, on distingue une vie de famille heureuse et une irrépressible envie de vivre. La frivolité de Clara illustre bien l’illusion dans laquelle le couple voulait s’enfermer. Et alors ? Finalement, Julien et Clara avaient raison. Ils ont profité de chaque instant sans se soucier du lendemain. Et c’est l’image qu’on retiendra du film : le souvenir du bonheur l’emportant sur l’horreur. Julien, les yeux embués, réalise brièvement le drame de sa vie, puis esquisse de nouveau un sourire serein et apaisé.

Bonus :

Pas de bonus hormis la bande annonce de l’époque. C’est tout simplement consternant pour une édition destinée à fêter le 35ème anniversaire du film. Il devait pourtant bien exister des interviews d’époque, vu le succès du film. De plus, la remasterisation annoncée n’est pas extraordinaire. Il y avait déjà un DVD chez DVDY, désormais épuisé, qui était tout aussi acceptable. La seule valeur ajoutée est un livret de 32 pages contenant une courte biographie d’Enrico, Noiret et Schneider, l’histoire du succès du film, les critiques…. Tout ça est un peu léger.

DVD disponible depuis le 13 octobre 2010 chez MGM

 
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