ELLE S’APPELAIT SARAH de Gilles Paquet-Brenner (2010) Note : 5/10

Elle-s-appelait-Sarah-31886.jpgJulia, brillante
journaliste d’origine new-yorkaise, prépare un article sur la rafle du Vel d’Hiv. Parallèlement à son enquête, elle découvre que l’appartement qu’elle rénove avec son mari fut autrefois habité
par les Starzynski, une famille juive déportée. Bouleversée par cette révélation, elle part sur les traces de la petite Sarah, la seule du clan Starzynski à avoir échappé aux camps.

 

On voudrait aimer ce film, adapté du roman de Tatiana de Rosnay, mais c’est difficile tant les clichés s’accumulent. Ça commence par le couple bobo – elle, journaliste, lui, architecte – qui a un
enfant unique (une ado lolita reconvertie en gothique). Comme toute famille parisienne branchée, Julia et son mari s’installent dans le Marais… La journaliste veut consacrer 10 pages au Vel d’Hiv
dont, visiblement dans le film, aucun jeune n’a jamais entendu parlé !!! L’originalité est de traiter la Shoah sous l’œil contemporain en y confrontant notre rapport à l’Histoire. Mais le film le
fait très maladroitement et avec une obscure prudence. Les scènes des années 40 sont particulièrement mauvaises notamment à cause d’acteurs complètement désincarnés (le comédien jouant le père de
Sarah étant au top de la médiocrité). La petite Mélusine Mayance, alias Sarah, fait tout ce qu’elle peut mais les autres personnages sont bien trop caricaturaux : la voisine délatrice, le
policier au grand cœur, le français « pour » et le français « contre » qui regardent la rafle du balcon, le Monsieur Batignolle de service (Niels Arestrup)… La gravité est
tellement surjouée que les scènes a priori fortes ne suscitent jamais l’émotion. Et puis le réalisateur ne prend pas la peine de fignoler les détails de son histoire. Ainsi, même si la fillette
dit habiter 36, rue de Turenne, tout le reste du film parlera du 36, rue de Saintonge… Gilles Paquet-Brenner filme sa petite Sarah de façon nombriliste en rendant ce qui est autour d’elle très
abstrait.

De retour à l’époque des bobos du Marais, on n’est pas mieux servi. D’un côté une mamie qui n’a jamais su pour l’appartement et de l’autre, un pépé qui savait mais précise bien que son père, loin
d’être antisémite, a investi les lieux car il n’y avait personne (« Nous, on vivait à trois dans un sous-sol alors … »). En découvrant la vérité, le patriarche a bien entendu tout
fait pour aider Sarah en lui envoyant de l’argent. A quoi sert-il de sortir les squelettes du placard si c’est pour servir une histoire où tout le monde est finalement gentil et
compatissant ? A force de ne jamais réellement incriminer les personnages, le travail de prise de conscience et de repentir ne se fait jamais. Par ailleurs, Gilles Paquet-Brenner fait un
parallèle stupéfiant entre la Shoah d’hier et l’avortement aujourd’hui qu’on préfèrera oublier. Le réalisateur n’arrive tellement pas à traiter directement son sujet qu’il brode tout un tas de
choses autour. Pourquoi rajouter un sentiment de culpabilité supplémentaire à Sarah, avec le petit frère, alors que le point de départ suffisait déjà à montrer la douleur d’avoir survécu à
l’enfer ? Finalement on se dit tout ça pour ça. Le film ne nous apprend rien de nouveau et ne fait rien avancer du tout. C’est juste une fiction de plus sur la déportation qui, il faut
l’avouer, est devenu, depuis quelques années, le bon filon des réalisateurs en recherche de crédibilité. N’oublions pas qu’avant Sarah,
Paquet-Brenner avait enchaîné des navets tels que Les jolies choses, adaptation ratée du très beau livre de Virginie Despentes ou encore Gomez et Tavares.