BIUTIFUL de Alejandro González Iñárritu (2010) Note : 8/10

 

Biutiful afficheA
Barcelone, Uxbal, un père de famille magouilleur, supervise le trafic de clandestins chinois et africains. Son quotidien est rythmé par les négociations permanentes avec une police corrompue et
des patrons peu scrupuleux. Sa vie personnelle n’est pas plus sereine : il élève seul ses deux enfants depuis qu’il s’est séparé de sa femme bipolaire. Mais Uxbal n’est pas au bout de ses
peines : il apprend qu’il est atteint d’un cancer à un stade très avancé…

 

On se croirait dans un bidonville mexicain pourtant nous sommes bien à Barcelone. Iñárritu dépeint une ville ténébreuse, abyssale et
glauque, dont les bas-fonds révèlent la noirceur de l’âme. Dans cette atmosphère apocalyptique, Uxbal profite de la manne financière que représentent les clandestins. Pourtant, il s’est fait
quelques amis parmi les exclus du système, même s’il prend sa part comme les autres. Le film prend le temps d’explorer cet univers presque irréel. Parfois, Barcelone redevient une grande
métropole étrangement familière. C’est là que se dévoile au grand jour la misère humaine. Quand Uxbal apprend la gravité de sa maladie, ce pourrait être l’opportunité d’une rédemption. Mais
comment faire pour échapper à la routine d’un ghetto social ? Au crépuscule de sa vie, il tente pathétiquement de réparer ses erreurs mais les regrets arrivent bien trop tard. Ainsi, en
cherchant à améliorer les conditions de vie des clandestins chinois à moindre frais, il reçoit en pleine gueule le boomerang de la fatalité. De même, lorsqu’il renoue avec sa femme pour le bien
de ses enfants, il ne fait que creuser le fossé existant entre cette déséquilibrée émotionnelle et ces deux petits témoins de la déchéance du monde. Et ce n’est surtout pas l’argent, accumulé en
masse sur le dos des sans-papiers, qui rachètera ses fautes. Toute tentative de changement le ramène inexorablement à sa fin. Il est étrange de constater que les seules personnes à pouvoir
communiquer sincèrement avec Uxbal sont les morts qui rôdent comme autant d’âmes en souffrance. Pour lui, tout n’est, décidément, qu’un cercle vicieux et vicier que seule la mort peut
stopper.