LA PRINCESSE DE MONTPENSIER de Bertrand Tavernier (2010) Note : 7/10

MontpensierAu XVIème siècle, les guerres de religions mettent la France à
feu et à sang. Dans ce contexte d’extrême violence, Marie de Mézières, jeune et belle ingénue, voit son amour pour le duc de Guise contrarié par les tractations financières de son père. Obligée
d’épouser le prince de Montpensier, elle se résout à oublier Henri de Guise. Mais ce dernier n’est pas prêt à laisser filer sa belle. Les choses se compliquent lorsque le comte de Chabannes, son
précepteur, et le duc d’Anjou, futur roi de France, viennent s’ajouter à la liste des prétendants.  

 

Après le ténébreux Dans la brume électrique, qui nous plongeait au cœur d’une enquête criminelle en Louisiane, Bertrand Tavernier revient à son genre
de prédilection, le film historique, en adaptant le roman de Mme de la Fayette. Le cinéaste offre ici une belle réalisation, toute en nuance, qui met l’accent sur les contradictions d’une société
d’apparat. Tavernier oppose brillamment la cruauté de la guerre et la candeur du sentiment amoureux. Les prétendants de Marie (Mélanie Thierry) sont aussi sanguinaires au combat qu’ils sont
tendres et jaloux en amour. Le prince de Montpensier (Grégoire Leprince-Ringuet) en est le plus bel exemple. C’est un personnage belliqueux, rustre, peu aguerri aux arts, et pourtant très
sensible. Possessif, il est rongé par sa jalousie maladive, ne supportant pas que sa femme soit l’objet de toutes les convoitises. Mais étrangement, il ne tente jamais de dissimuler cette acuité.
L’autre personnage marqué par ses divergences internes est le comte de Chabannes (Lambert Wilson). Homme loyal envers ceux qu’il sert, il est pourtant capable de passer du camp des huguenots aux
catholiques sans y voir la moindre infidélité. Ce personnage est intéressant car il est celui qui évolue le plus, passant de la barbarie au pacifisme. Chabannes permet aussi de mettre en lumière
l’absurdité d’une guerre qui tue au nom de Dieu.

Le film s’attache, également, à montrer l’instrumentalisation des femmes. Marie n’est qu’un produit que les hommes négocient en même temps que le vin. Il y a une scène terrible où la jeune femme,
tenue à l’écart des intrigues masculines, comprend, impuissante, que son sort vient de se jouer sous ses yeux. Marie est un personnage pur, qui ne manipule jamais. Et c’est ce qui va la perdre.
En effet, ce n’est pas tant la beauté de la princesse qui attire les hommes que l’excitation de la compétition, comme le dira plus tard l’un d’entre eux. Une fois la victoire acquise, qu’importe
le gain.

Le film est porté par une belle brochette de jeunes comédiens fortement imprégnés de leurs personnages et toujours justes dans leur interprétation. Quelques bémols tout de même : une musique
trop présente, des ellipses un peu maladroite et l’univers de la cour royale pas assez marqué. On aurait aimé que le film s’intéresse plus fortement à l’ambition sociale qui a mené Marie à
accepter ce mariage forcé. Mais on se laisse séduire par ce charmant combat de coqs où les bons mots remplacent les épées.