FIN DE CONCESSION de Pierre Carles (2010) Note : 7/10

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Pierre Carles est en colère. En colère contre les médias en général et contre TF1 en particulier. D’abord, il reproche à la chaîne de ne pas avoir tenu ses promesses de contenus culturels. C’était pourtant l’engagement pris par Francis Bouygues lors de la privatisation en 1987. Il en veut aussi aux politiques qui ont, via le CSA, autorisé la reconduction automatique de la concession de TF1 au groupe privé. Enfin, il en veut aux médias de ne pas relever cette aberration et même pire, de s’en ficher complètement. Mais Pierre Carles a aussi un vieux compte à régler avec la première chaîne qui l’a viré il y a quelques années. Il décide donc de réaliser un documentaire sur cette fin de concession impossible et sur l’autocensure des médias. Mais le problème est que tout le monde connaît Pierre Carles. Avec Pas vu, pas pris, il en avait déjà agacé plus d’un en montrant la connivence entre médias et politiques. Le documentariste se filme donc en train de ramer pour obtenir ses interviews. Bernard Tapie, Jean-Pierre Elkabbach, Franz-Olivier Giesbert, David Pujadas, qui ont fait partie pendant un temps de l’aventure TF1, l’envoient paître tout simplement. Tandis que Jacques Chancel, plus finaud, le balade pendant des mois à coup de réunions ou de grippe mexicaine ! Il y a aussi ceux qui acceptent de rencontrer « Carlos Pedros » de la télé colombienne TV Sur, mais là encore il n’obtient pas ce qu’il veut. Il faut dire que l’impertinent est excessivement maladroit quand il pose ses questions. Et puis Pierre Carles se fait vieux et il le sait. Par exemple, il se laisse sciemment amadouer par Jean-Marie Cavada ou Michèle Cotta qui savent le brosser dans le sens du poil pour éviter les questions qui fâchent. Alors il se fait engueuler par son assistante, consternée par si peu de virulence.

Le réalisateur est très lucide sur le pouvoir limité de son action. Il filme d’ailleurs sa maladresse de journaliste énervé incapable de recueillir les réponses qu’il attend. Il n’hésite pas à se mettre en scène dans des postures parfois pathétiques, pendant que sa productrice s’inquiète de la tournure que prend le documentaire. Souvent, il passe d’un sujet à un autre, s’égare, jusqu’à ce que son interlocuteur mette fin à l’entretien par exaspération. Il avoue lui-même sa lâcheté lorsqu’il attaque Etienne Mougeotte faiblard et moribond. Il y a quelque chose d’attendrissant dans cette croisade de Don Quichotte qui, finalement, n’aboutit à aucune révélation. Au-delà du sujet sur TF1, le film démontre surtout une impossibilité à traiter, aujourd’hui, des dessous des médias dans les médias. Il montre également que le temps de la rébellion est définitivement révolu. Ainsi Pierre Carles, assagi, « respecté » au lieu d’être redouté, raconte avec nostalgie ses luttes d’autrefois comme des vestiges du passé.

On peut lui reprocher d’user des vieilles méthodes qui ne font plus recettes : sons off, caméras baladeuses, déguisements… Voyant l’échec de son documentaire, il se réfugie dans la facilité et appelle au secours les bons clients : Arnaud Montebourg, grande gueule du PS, et Jean-Luc Mélenchon, le nouveau George Marchais. Mais même eux n’ont pas de solution pour raviver cette lutte agonisante. Ne reste alors qu’une réponse encore audible par les médias : le coup d’éclat. Ainsi, repeindre le scooter de Pujadas suffit à provoquer l’emballement médiatique dont Jean-Marc Morandini se fait le chantre. Tout comme l’entarteur Noël Godin en son temps, Pierres Carles prouve que seul l’esclandre compte pour se faire entendre.

 
Titre : Fin de concession/ Réalisateur : Pierre Carles/ Pays : France/ Durée : 2h11/Distribué par Shellac Distribution/ Sortie le 27 octobre 2010
 
 
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