LE BRAQUEUR – LA DERNIÈRE COURSE de Benjamin Heisenberg (2010) Note : 6/10

braqueurRettenberger sort de prison après une condamnation pour plusieurs
braquages de banques. Malgré l’enfermement, il a toujours pratiqué son activité favorite : la course à pied.  Désormais libre, il va pouvoir
participer au marathon de Vienne et reprendre ses braquages. Mais la police autrichienne va bientôt perturber sa routine…

 

Étonnant film que ce Braqueur. Rettenberger est un personnage étrange, froid et distant, obnubilé par une course dont il ne dévie jamais. Incarcéré,
il s’exerçait dans une cour ou sur le tapis roulant de sa cellule, fidèle à sa passion. Dehors, il court toujours plus vite mais sa situation semble aussi figée que dans sa prison. Il était
braqueur et le restera, sans état d’âme. Méthodique, discipliné, il prépare son corps comme une machine, vouée aussi bien à la gloire qu’au délit. Et si la course n’était qu’un camouflage destiné
à couvrir ses larcins ? En gagnant le marathon, il médiatise sa pseudo rédemption pour détourner les regards des braquages. Difficile de percer le mystère Rettenberger. Le personnage reste
dans une troublante impassibilité. On ne sait pas si il court pour fuir ou atteindre quelque chose, ni ce qu’il fera de cet argent qu’il amasse machinalement dans des sacs. Excessivement stoïque,
il n’est ni abattu, ni résigné, ni fataliste, ni désespéré. Il est juste mécanique, n’éprouvant aucune émotion pour ce qu’il fait. Les seuls moments où il exprime des sentiments sont ceux
partagés avec sa compagne Erika. Là, il manifeste son désir, sa jalousie ou sa peur, mais modestement. Le film est à l’image de son personnage : haletant et austère. On court avec
Rettenberger sans pouvoir le démasquer. La réalisation ne s’encombre jamais d’artifice et les acteurs jouent froidement leur partition. Les dialogues sont succincts quand ce ne sont pas les
silences qui s’installent.

Mais l’exercice a ses limites. Le film tourne en rond, comme son personnage, sans donner un sens réel à son histoire. Pour casser cette rythmique, Le
braqueur
bascule dans le crime granguignolesque dont on ne comprend pas la portée. Jamais le film ne dit la dureté du monde carcéral ou la difficulté de réinsertion après une peine. Au
départ impénétrable, Rettenberger devient soudainement sans substance car il se contente de faire toujours la même chose, sans but, ni motivation. A trop vouloir jouer la sobriété, le film finit
par se couper du réel.