DRAQUILA de Sabina Guzzanti (2010) Note : 7/10

DRAQUILA.jpgLe 6 avril 2009, un tremblement de terre ravage L’Aquila, une
ville de 72000 habitants située dans les Abruzzes. Bilan : près de 300 morts et une population entièrement déplacée. En pleine chute de popularité, Silvio Berlusconi y voit l’opportunité de
se faire une santé médiatique en promettant monts et merveilles aux victimes. Mais c’est aussi l’occasion de tester un plan d’urgence obscur, menée par la protection civile italienne, dont
l’action repousse les limites de l’ingérence. Sabina Guzzanti et son équipe explorent le petit monde ubuesque de Berlusconi et met en lumière les dérives d’une politique à la limite de la
dictature.

 

Le documentaire commence par une déambulation nocturne dans les ruines de L’Aquila, ville désormais déserte. Le jour, les caméras se bousculent pour voir des personnalités rendre visite aux
victimes qu’on a parquées dans des tentes. Mais pas pour longtemps. Bientôt, les militaires empêcheront de filmer dans le camp des rescapés. Pour l’instant, Sabrina Guzzanti peut encore traîner
sa caméra un peu partout et recueillir la parole d’Italiens pleins d’espoir quant à un prochain relogement. Berlusconi l’a promis : des appartements neufs pour tous, accompagnés d’une
bouteille de champagne et d’une dédicace. Mais les mois passent et le show médiatique continue sans qu’il soit suivi d’effets. Quand arrivent enfin les nouveaux logements, ils sont loin de la
ville et ne permettent même pas de placer la moitié des sinistrés. Les autres habitants, sans solutions, commencent à crier leur colère. Mais pas moyen d’entendre cette voix-là à la télévision,
ni même ailleurs car la toute puissante protection civile semble avoir fait main basse sur la ville. Sabrina Guzzanti commence alors à fouiner du côté de cette organisation nationale mandatée par
Berlusconi pour traiter radicalement les urgences et les grands évènements. Mais qu’est-ce que Berlusconi définit par « grands évènements » ? Avec un décret sorti du chapeau et
quelques tours de passe-passe, il donne les pleins pouvoirs à un service qui prend des allures de milice. C’est là que se dévoile un régime autoritaire qui grignote, peu à peu, les libertés de
chacun. Avec des médias muselés s’ils ne servent pas la soupe au pouvoir, un maire et ses concitoyens perdant leur droit de regard sur leur ville, des sinistrés en résidence surveillée, on a
souvent l’impression de pénétrer dans une nouvelle dictature. Pourtant les Italiens, aveuglés par la propagande du gouvernement, continue à voter Berlusconi. Outre les scandales et les affaires
de corruption, on découvre une gestion comptable calamiteuse, à l’exemple de l’organisation coûteuse du G8 sur les ruines de L’Aquila. Le malheur de cette petite ville illustre l’inertie de la
politique Berlusconienne. On brasse de l’air sous les caméras au lieu d’agir et on flambe l’argent public pour enrichir quelques mafieux. Berlusconi se révèle incompétent face aux situations de
crise et même totalement incohérent. Ainsi, il ne sera jamais question de reconstruire cette ville en miettes.   

Sabina Guzzanti nous offre un film riche et tout simplement stupéfiant, même s’il est parfois un peu brouillon. Dans sa forme, le documentaire est très (trop) proche du style Michael Moore. La
documentariste se met beaucoup en scène sans que ce soit vraiment utile. De plus, elle a du mal à obtenir des Italiens qu’ils expliquent pourquoi ils continuent à réélire Berlusconi. Mais à part
cela, c’est un documentaire à ne pas rater.