ORIGINAL VS REMAKE : POUR ELLE de Fred Cavayé (2008)/LES TROIS PROCHAINS JOURS de Paul Haggis (2010)

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Pitch

Julien, enseignant dans un lycée, a une vie de famille heureuse avec sa femme Lisa et son fils Oscar. Mais un jour, la police interpelle Lisa à son domicile pour le meurtre de sa patronne. Trois ans plus tard, Julien tente toujours d’innocenter sa femme condamnée à 20 ans mais il a épuisé tous les recours juridiques. Alors que Lisa se laisse mourir en prison, Julien décide d’organiser une évasion…

 

Monsieur Tout-le-monde devient un criminel par amour

Julien est un simple professeur de français fou amoureux de sa femme. Jusqu’au bout, il croit pouvoir l’innocenter mais son dernier appel en cassation est rejeté. Pourtant, il ne veut pas à abandonner. C’est la tentative de suicide de sa femme qui va l’inciter à prendre une décision radicale : faire évader Lisa. Mais il ne sait pas comment faire. Il consulte donc un livre sur l’évasion (!!!) intitulé « Ma vie en cavale » et écrit par Henri Pasquet, un prisonnier qui s’est évadé sept fois. Julien rencontre Pasquet, lui faisant croire que son livre sera étudié en classe. Pasquet lui donne des conseils pour une cavale réussie semblant comprendre les réelles motivations de Julien. L’enseignant élabore alors son plan façon Prison Break mais il a une profonde inexpérience des bas-fonds. Ces gestes sont approximatifs, son regard égaré. En tentant de trouver des faux papiers parmi
les cigarettiers de contrebande, il se fait voler une partie de l’argent de la cavale. Même s’il réussit à se procurer de faux passeports, il lui faut le temps de réunir assez d’argent pour partir et surtout trouver un moyen d’extraire Lisa de la prison. Mais un coup du sort vient contrecarrer ses plans : le transfert inattendu de Lisa, à Rennes, dans trois jours. Julien n’a plus que 72 heures pour finaliser son projet. Pour l’argent, il décide de braquer les dealers qui l’ont agressé et de voler leur cagnotte. Il finit même par tuer l’un d’eux et par abandonner le cadavre d’un autre dans la rue. Cette scène marque un tournant pour Julien qui devient ici un véritable criminel. Il ne peut plus faire machine arrière. Pour faire sortir Lisa, il réussit à falsifier des résultats d’analyses et à organiser l’envoi de sa femme à l’hôpital. C’est là qu’il tente, malgré le cordon de sécurité, de faire sortir Lisa…

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Un bon scénario mais une réalisation un peu grossière

Le scénario tient la route et la tension est maintenue jusqu’au bout. Un quart d’heure avant la fin, on ne sait toujours pas si Julien va réussir à quitter le pays avec sa femme et son fils. Dommage que la réalisation ne suive pas. Fred Cavayé prend un malin plaisir à tout expliquer visuellement, ne ménageant aucun suspense autour des personnages. Ainsi, on sait dès la 16ème minute du film si Lisa a tué ou non sa patronne. Fred Cavayé nous montre la scène telle qu’elle s’est passée réellement alors qu’il nous l’avons vue tronquée quelques minutes avant. Comme si le réalisateur voulait expédier la question pour passer au thème principal de son film, la cavale. Cette révélation, dès le début, empêche toute ambiguïté chez les personnages. Dommage.

Dans l’ensemble, tout est mis en scène trop explicitement. Tous les détails importants du film sont montrés à grand renfort de gros plans. Par exemple, au début, il y a une fougueuse scène d’amour entre Julien et Lisa avec un gros plan sur l’alliance de Madame pour installer la situation du couple marié qui s’aime. Ensuite, gros plan sur la seringue d’insuline que s’injecte Lisa, avec écrit en gros « INSULINE » au cas où on n’aurait pas compris. Plus loin, quand Julien va au tribunal, là encore, c’est indiqué en géant : « COUR DE CASSATION ». Puis, pire que tout, le gros plan appuyé sur une page Internet où l’on voit le livre « Ma vie en cavale », car Julien trouve comment sauver sa femme sur Google (détail du scénario un peu téléphoné).

Des éléments pas exploités

Certains aspects intéressants, qui auraient pu enrichir l’histoire, ont été mis de côté. C’est le cas de la relation entre Julien et son père. En effet, on ne saura jamais pourquoi ils sont fâchés. Nous voyons qu’ils se croisent sans même se parler. Cependant, cette histoire évoluera brièvement quand le père laissera son fils exécuter son plan. Il y a aussi la possible relation entre Julien et la femme du parc. Elle veut faire sa connaissance mais lui n’est pas intéressé alors il ne se passe rien, pas même une relation d’amitié. Julien a aussi un frère qu’on ne voit presque pas, puis qui, soudainement, surgit pour le dissuader d’organiser l’évasion. On sait également qu’un détective avait été engagé pour reprendre l’enquête mais finalement, nous n’en entendrons plus parler. Le réalisateur semble avoir balayé tous ces détails pour ce recentrer uniquement sur la technique de l’évasion.

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Des personnages et des acteurs crédibles

Malgré quelques maladresses, l’interprétation sauve un peu le film. Vincent Lindon fait un Julien convaincant, marqué par la gravité de la situation. L’acteur incarne ce père de famille accablé avec sobriété et sincérité. Diane Kruger joue une femme meurtrie par son emprisonnement et l’éloignement de sa famille. Elle subit le rejet de son petit garçon au parloir. Lisa est affaiblie physiquement et moralement. C’est son état de santé critique qui va pousser Julien à commettre l’irréparable. Olivier Marchal interprète Henri Pasquet, l’ancien taulard, auteur du livre. Nous sommes face à un homme blasé mais lucide. Ses conseils raisonnent durant toutes les étapes du plan de Julien. C’est une sorte de guide pour le héros.

Version Paul Haggis

John Brennan est professeur d’université. Il vit avec sa femme, Laura, et son fils. C’est le grand bonheur même si l’on décèle chez Laura une certaine irritabilité (voir le dîner avec le frère de John et sa femme). La vie est belle jusqu’à l’arrestation de la jeune femme pour le meurtre de sa patronne… Bref, tout est pareil. Le personnage de John Brennan est identique à celui de Julien. Il est inexpérimenté mais amoureux de sa femme, donc prêt à tout pour la sauver. Le personnage de Laura est beaucoup moins faible psychologiquement que la Lisa de Cavayé. Même s’il y a la même tentative de suicide, on ne retrouve pas cette volonté de se laisser mourir en prison qu’avait Lisa. La motivation de Julien dépendait beaucoup du comportement destructeur de sa femme qui refusait de prendre son traitement contre le diabète. Il y avait donc une urgence à la faire sortir. Là, c’est un peu moins évident mais tout aussi légitime : John veut réunir sa famille tout simplement. La performance de Paul Haggis est d’appliquer ce scénario en prenant en compte les contraintes ultra sécuritaires des Etats-Unis. Faire sortir Laura d’une prison de haute sécurité, est quasi-impossible mais Julien va tout tenter.

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Un remake qui corrige certaines erreurs de l’original

Paul Haggis a bien décelé les quelques erreurs du film original et a retravaillé l’intrigue. Ici, le suspense est maintenu concernant la culpabilité ou non de Laura. La scène du crime ne nous est pas montrée intégralement. On ne saura la vérité que plus tard. Le spectateur doute de la jeune femme d’autant qu’elle a un côté antipathique. De plus, elle agit avec beaucoup de froideur comme si elle n’était pas du tout marquée par la prison. Laura, telle une bad girl, reproche à John sa perfection et va jusqu’à semer le trouble concernant le crime. Cette ambiguïté constante permet de donner un sens nouveau aux actes de John. L’homme est à la fois guidé par l’amour mais aussi par son orgueil. Il veut prouver à sa femme qu’il n’est pas aussi lisse qu’elle le pense.

Paul Haggis a amélioré certains détails: il donne un rôle plus important à la femme du parc qui pourrait être une future conquête. La police est aussi plus impliquée allant jusqu’à rechercher de nouveaux indices sur le crime. Mais Haggis a tout de même gardé l’épisode un peu gauche du bouquin « La cavale pour les Nuls » et a même ajouté des techniques-gadgets pêchées sur Internet (comment ouvrir une portière avec une balle de tennis, comment se créer un passe-partout…). Ce n’était déjà pas bien crédible dans l’original, ça ne l’est pas plus dans le remake.

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Un casting décevant

Russell Crowe est John Brennan et Elizabeth Banks est Laura. Russell Crowe est correct dans ce rôle de grand amoureux prêt à tout mais on ne sent pas la faiblesse psychologique qu’il y avait dans le jeu de Vincent Lindon. Russell Crowe a un peu trop de charisme pour jouer les gangsters inexpérimentés donc certaines scènes ne fonctionnent pas comme celle du braquage dans la maison du dealer. A l’inverse, Elizabeth Banks fait figuration. Elle est transparente, apathique et joue assez faux. Parfois, elle est trop rentre-dedans, parfois pas assez. On a du mal à suivre. L’ancien détenu, auteur de sept cavales, est joué par Liam Neeson, particulièrement médiocre, dans son rôle de gangster repenti. Bref, un casting pas folichon.

Verdict

Ce remake était-il bien utile… ? L’original se regarde même s’il est alourdit par une mise en scène peu subtile. Le remake est bien mieux réalisé mais le casting n’est pas vraiment au rendez-vous et le film souffre de quelques longueurs. Dans le premier, l’histoire est traitée de manière un peu expéditive alors que le second est trop long (2h13 contre 1h36). C’est un bon scénario mais il semble avoir du mal à trouver son rythme dans les deux versions. Le remake est beaucoup trop proche de l’original allant jusqu’à reprendre certains mêmes plans. Finalement, les deux films disent la même chose : un homme est capable de tout par amour. Paul Haggis ne transpose pas son film dans un contexte politique américain ou une idéologie différente. Le film pourrait se tourner en Russie ou au Mexique, ce serait pareil. Le fait de placer l’intrigue aux Etats-Unis n’apporte absolument rien. On se demande donc quelle est l’utilité de ce remake si ce n’est faire une version US calibrée pour le box-office américain.

Original : 5/10 Remake : 5/10 Commentaire : Remake ni meilleur, ni pire.

 
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