ORIGINAL VS REMAKE : ANTHONY ZIMMER de Jérôme Salle (2005) /THE TOURIST de Florian Henckel von Donnersmarck (2010)

En 2005, Jérôme Salle inaugurait le renouveau d’un genre moribond : le thriller à la française. Tout comme Olivier Marchal (36 quai des Orfèvres), Pierre Schoendoerffer (Agents secrets) ou Dominik Moll (Lemming), le réalisateur tentait de s’imposer en digne hériter de Corneau, Verneuil ou Deray. Cette nouvelle mouvance, qui trouve encore écho aujourd’hui avec Jean-François Richet ou Fred Cavayé, assumait pleinement sa référence au cinéma coup de poing américain. Résultat : des polars rentre-dedans pourtant pas dénués de charme. Mais que se passe t-il quand un film français au style hollywoodien est lui-même remaké pour le marché US ? C’est le serpent qui se mord la queue…(attention spoiler).

Pitch d’Anthony Zimmer

Anthony Zimmer a, pendant longtemps, dirigé un réseau de blanchiment d’argent sale. Il est désormais recherché par toutes les polices et surtout par un mafieux russe qu’il a escroqué. Mais pas simple de mettre la main sur Anthony Zimmer d’autant qu’il a fait de la chirurgie esthétique et qu’il a changé de voix. Il peut donc être n’importe qui. Pour mieux brouiller les pistes, Zimmer charge Chiara, sa compagne, de choisir un inconnu et de le faire passer pour lui. C’est alors qu’elle rencontre François Taillandier…

Un mystère savamment entretenu

Le film commence par un travelling sur des talons hauts déambulant dans une gare. Les jolies jambes s’installent dans un restaurant en attendant quelqu’un. On distingue une femme brune en imperméable, de dos, fumant sa cigarette. Un coursier vient lui remettre une lettre dont on entrevoit une phrase : « choisis un homme au hasard… ». Pendant ce temps, l’inspecteur Akermann rend compte de son enquête sur Zimmer à la commission des finances. Subtilement, Jérôme Salle expose les premières pièces du puzzle autour de son personnage. C’est un jeu de dupes où chacun fait semblant d’être un autre. Chiara, maîtresse de Zimmer et agent des douanes infiltrée, intrigue. Elle affiche une double fidélité étrange, toute autant dévouée à son métier qu’à son amour pour Zimmer. Nassaiev, ex-membre du KGB, reconverti en attaché ministériel est en réalité l’émissaire de la mafia russe. Enfin, Akermann, le limier des douanes, affiche un calme olympien alors qu’il est obsédé par sa proie. Dans ce monde de faux semblants, François Taillandier, hagard, mais pas si crédule, manifeste son mépris du milieu.

François Taillandier/Anthony Zimmer : un personnage à la limite de la schizophrénie

Taillandier est-il Zimmer ? Zimmer est-il Taillandier ? L’ambiguïté du personnage de Taillandier sème le trouble. C’est un homme gauche, pas sûr de lui, mal fagoté et facilement troublé par une femme très séduisante. Pourtant, il est capable d’échapper à des tueurs ou de braver tous les dangers pour Chiara. Quand il enfile le costume de Zimmer, il devient son personnage. Parfois, on ne sait plus qui est qui. Taillandier ne cesse de cracher son venin sur Zimmer qui, selon lui, ne mérite pas l’amour de Chiara. Il reproche à celle-ci de le protéger coûte que coûte. Anthony Zimmer semble se mépriser lui-même. Il rejette son passé de malfrat et sa vie d’avant. On assiste à une lutte interne entre Taillandier et Zimmer, deux personnages dans le même corps, qui ne se supportent plus. Mais l’un a pris le dessus sur l’autre. Ce n’est donc pas Zimmer le hors-la-loi que l’on observe déguisé en Taillandier mais plutôt Taillandier, l’homme de principe, qui joue à être un autre. Le vrai Zimmer se révèle en homme simple, droit, fidèle à son amour. Ce n’est finalement pas le joueur que nous avait décrit Ackermann. Abandonnant ses numéros de compte à la police et enfin débarrassé des Russes, Anthony Zimmer peut définitivement devenir François Taillandier et vivre libre avec Chiara.

Version Henckel von Donnersmarck

Auréolé de l’Oscar du meilleur film étranger pour La Vie des autres, le réalisateur allemand Florian Henckel von Donnersmarck a cru bon de mettre le paquet pour son premier film américain. L’action ne se passera donc pas à Nice mais à Paris et Venise. Quant à Yvan Attal et Sophie Marceau, on leur préfèrera Johnny Depp et Angelina Jolie. Et c’est parti pour la même histoire : Alexander Pierce, un arnaqueur qui a détourné des millions, se voit poursuivi par Interpol car il doit 744 millions d’Euros au fisc et par son ex-patron qui veut le liquider. Le film démarre avec beaucoup moins de mystère que dans l’original. Ici, pas de travelling élégant. Les flics surveillent Angelina Jolie depuis un fourgon et font un zoom sur son derrière. Et ce n’est que le début…

Une mise en scène médiocre

Dialogues nuls, réalisation grotesque, décors prétentieux… Monsieur La Vie des autres n’a pas lésiné sur les clichés hollywoodiens. On se croirait à Versailles : tout est surchargé jusqu’aux poignées de portes enrubannées de satin blanc. C’est à peine croyable tellement c’est ampoulé. Angelina Jolie est traitée en petite princesse dans sa maison de poupée et le réalisateur la filme comme une attraction touristique. Toutes les scènes où elle apparaît sont totalement irréelles. On la voit parader dans les rues parisiennes, apprêtée comme si elle allait aux Oscars. Chaque plan est étiré sur la longueur car le réalisateur passe son temps à esthétiser la moindre cuillère à café agitée dans une tasse. Par conséquent, il n’a pas le temps de traiter le fond et la psychologie des personnages.

Un casting de luxe pour combler le vide

Quand Angelina Jolie imite Sophie Marceau : Mamma mia ! Ce film confirme ce que l’on savait déjà : Angelina est une piètre actrice. Elle ne joue pas, elle pose. Tout le temps et sous tous les angles. Elle regarde si la caméra filme son bon profil et se fait une retouche maquillage après chaque course-poursuite. Avec son visage mono-expressif, on a un peu de mal à croire à une idylle entre les deux peoples. Le jeu de séduction ne fonctionne absolument pas. Et les deux personnages n’ont aucune aspérité. Il n’y a pas de dualité interne entre Alexander Pierce et le touriste. Alors que Yvan Attal jouait avec sobriété, Johnny Depp fait son show. Hautement crédible dans son rôle de looser dépassé par les évènements (!!!), il fait les mêmes simagrées que dans Pirates de Caraïbes. Florian Henckel von Donnersmarck est tellement fasciné par son casting qu’il ne le dirige pas. Il fait comme ses figurants français impressionnés par des stars américaines : il tire la langue façon Tex Avery. Et nous dans tout ça ? On est médusé par tant d’amateurisme et aussi peu d’investissement personnel de la part d’un réalisateur qui avait pourtant su autrefois marquer les esprits.

Verdict

C’est de loin, le pire remake jamais vu. Alors qu’il y a à peine un mois on se tapait l’ennuyeuse copie conforme de Pour elle (Les trois prochains jours), on se retrouve encore avec un sombre navet estampillé made in USA. La vie des autres était pourtant un très bon film. A croire que la tentation hollywoodienne fait oublier l’un des principes de base du métier de réalisateur : aimer son travail.

Original : 7/10 Remake : 1/10 Commentaire : Remake épouvantable

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