OUTRAGE de Takeshi Kitano (2010) Note : 6/10

OUTRAGE-de-Kitano.jpgRien ne va plus chez les Yakuzas ! Le big
boss veut faire le ménage parmi ses troupes d’une manière bien particulière. Sournoisement, il pousse ses lieutenants à s’entretuer en leur faisant miroiter toujours plus de pouvoir. Doigts
coupés, visages tailladés et petites tortures entre amis constituent le quotidien de ces bandits sans cervelle. Otomo, yakuza de seconde zone, participe à ces joyeuses tueries avec beaucoup
d’indifférence. Pas réellement motivé par son rôle d’exécutant, il pose son regard vide sur un monde mafieux en plein déclin.

Dans Outrage, on tue, on coupe, on pulvérise, sans le moindre état d’âme. La guerre des chefs fait rage, alimentée par des egos démesurés. C’est un
festival de bêtise avec son lot de trahisons, de vengeances et de punitions absurdes. On a parfois du mal à comprendre qui tue qui et qui est un obstacle dans l’échelle sociale, mais finalement
peu importe car de toute façon ce petit monde est voué à disparaître.

Pourtant, le film n’est pas aussi bête et méchant qu’on pourrait le croire. Outrage dit quelque chose de ce Japon archaïque embourbé dans des
traditions surannées. Car derrière les gangs, se cachent des pratiques d’un autre temps que seuls quelques uns continuent de perpétuer. Même le coupage de doigt, symbole d’une autocorrection et
de soumission au chef, ne sert plus à rien selon le big boss. Et voilà le pauvre Otomo rentrant chez lui avec son auriculaire dans la poche, inutilement sacrifié. A travers son personnage, Kitano
partage sa vision désabusée d’un pays plein de contradictions. Le Japon se veut moderne tout en continuant à se laisser gangrener par un microcosme de petites frappes pourrissant tout ce qu’ils
touchent. Heureusement, tout n’est pas si dramatique. Le film traduit aussi, à sa manière, un renouveau du Japon avec un système multiculturel intégrant les étrangers, y compris dans leurs
magouilles. Même si le film est quelquefois laborieux, il n’en reste pas moins lucide sur un monde de mafieux vieillissants dont le pays n’a pas besoin.