FAITES LE MUR de Banksy (2010) Note : 8/10

BANKSY.jpg

Depuis plusieurs années, Banksy recouvre les murs du monde de ses pochoirs drôles et engagés. Entre happening dénonçant Guantanamo et peintures pacifistes sur le mur israélo-palestinien, l’artiste a su se faire une place dans le monde de l’art subversif. L’homme se plait à garder l’anonymat, masquant sa voix et son visage. Mais bizarrement, Banksy n’est pas le sujet de Faites le mur. Au lieu de parler de lui, l’artiste préfère évoquer l’histoire troublante qui agite le milieu du Street Art. Comment un homme, vidéaste amateur, fana de graffiti, mais sans le moindre talent, devient du jour au lendemain la star montante de la scène artistique ? Un récit plus ou moins fictif qui nous interroge sur l’avenir de l’Art.

Au début, on se demande vraiment où Banksy veut nous emmener. Avec son sweat à capuche noir et la semi-obscurité qui cache son visage, l’interview de l’artiste a tout du témoignage anonyme. Il raconte les débuts du Street Art et esquisse le portrait d’un homme : Thierry Guetta, un frenchie, père de famille, qui a développé son business de fripes à Los Angeles. Mais l’homme a une autre passion : filmer. Sa boulimie d’images l’amène à fréquenter de nombreux graffeurs au gré de ses virées nocturnes. Thierry Guetta et Banksy se lient d’amitié, pour le meilleur et pour le pire… Ce documentaire est surtout l’histoire d’une imposture. Un homme sans fibre artistique particulière, même pas celle de réalisateur, réussit en un temps record à vendre des toiles à 20 000 $. Il faut dire que le bonhomme est plutôt malin : il applique au monde de l’art ce qui a fait de lui le roi de la fripe. Ainsi, il raconte comment il revendait 100 $ pièce de vieilles sapes achetées au kilo. Après avoir suivi longtemps les spécialistes underground du graff et des pochoirs, il décide de se lancer selon les bons conseils de Banksy. Mais voilà que le maître a engendré un monstre. L’artiste dépité raconte comment le gentil papa s’est mué en diva mégalo appelée Mr Brainwash. Ce nom résume à lui seul ce qu’est devenu le monde de l’art : un véritable lavage de cerveau commercial où ont éclos des Damien Hirst et des Jeff Koons. Comme ses modèles street, Mr Brainwash photocopie des oeuvres et les reproduit à l’infini grâce à l’armée de graphistes qu’il a embauchée. Après tout, il ne fait que reprendre à son compte les bonnes vieilles recettes d’Andy Warhol, à l’époque de la Factory. Derrière l’épopée du Street Art, Banksy pose la question de l’Art aujourd’hui. Héritiers de Basquiat ou de Keith Haring, les Street Artistes avaient vocation à sortir l’art des musées. Mais ils ont été récupérés par les pros du marketing au même titre que les autres. L’affaire Brainwash remet également en cause la légitimité des nouveaux artistes. En effet, Thierry Guetta ne fait rien de plus que ses acolytes, il Pop-Artise tout et n’importe quoi. Ainsi Spock devient une Marylin à la Warhol et la soupe Campbell s’est transformée en bombe de graffiti. Brainwash pratique le détournement à grande échelle et illustre la dérive que connaît l’art contemporain. Exit through the gift shop dit le titre original. Désormais, l’art se résume à la communication et aux goodies qui vont avec. Banksy montre qu’entre création et simple plagiat, réalité et fiction, la frontière est mince. Ce Mr Brainwash existe-t-il vraiment ? Peu importe. Banksy brouille les pistes et offre un joli pied de nez à ceux qui voudraient l’enfermer dans un concept.

 
 
 

Titre VO : Exit through the gift shop / Pays : USA & UK / Durée : 1h26 / Distribué par Le pacte / Sortie le 15 Décembre 2010   

Publicités