LA FIN DU SILENCE de Roland Edzrad (2011) Note : 7/10

 

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Dans les Vosges, une famille est au bord de la crise de nerfs. Jean, un garçon de 18 ans déscolarisé, vient de sortir du lit après une énième remontrance de ses parents. Ecorché vif, bagarreur,
le jeune homme est à deux doigts de prendre la porte. C’est alors que Nils, un proche de la famille, mais aussi un perturbateur, vient chercher Jean pour une partie de chasse…

 

UN PREMIER FILM TUMULTUEUX ET RAGEUR

 

Formé aux arts décoratifs, Roland Edzard a d’abord expérimenté la peinture avant de s’essayer au court-métrage. A 31 ans, le voilà réalisateur d’un premier film ténébreux et enragé. Son drame se
joue dans une petite maison vosgienne, encerclée par un paysage gris et vertigineux. Dans ce décor impressionniste, la nuit avait mis la haine en sommeil. Le lever du jour sonne la fin du
silence. Pour raconter ce réveil difficile, Roland Edzard travaille sur le son. Au petit matin, les bruits sont étouffés, parfois inaudibles, amplifiant l’effet de confinement à l’intérieur de la
demeure. A l’extérieur, le calme règne. Cette sérénité est rompue brutalement par une dispute. Et de nouveau, le son s’efface lorsque Jean est éjecté du déjeuner familial. Lui dehors, eux
dedans : la rupture entre parents et enfant est consommée. Un peu plus tard, alors que Jean est à l’écart, les conversations entre adultes sont gommées au profit des sons de la forêt, toute
proche. Et durant un instant, nous voilà projetés dans la bulle marginale de l’adolescent. Le film sera donc raconté du point de vue du garçon. A travers son personnage d’écorché vif (interprété
par Franck Falise), Roland Edzard dépeint une jeunesse bouillonnante, à fleur de peau. Mais le héros n’est pas là pour incarner la graine de violence d’aujourd’hui. Son caractère est beaucoup
plus nuancé. Toujours sur le fil, le regard incertain, le jeune homme au visage émacié navigue entre moments d’apaisement et colère. Et ce tumulte intérieur nous laisse dans la perplexité. Jean
est comme une bombe à retardement, prête à exploser ou à être désamorcée. La proposition d’une partie de chasse, par l’obscur Nils (Thierry Frémont), ne fait que troubler encore plus le jeu.
Soumis à la tentation du fusil, le jeune homme pourrait commettre l’irréparable. Mais ce serait trop simple… Car les affrontements continuels entre Jean et ses parents, révèlent quelque chose de
plus complexe. Ainsi découvre t-on les rapports hostiles entre le chasseur et le reste de la famille. Face à des adultes qui se méprisent en douceur, Jean n’est que l’expression sincère d’une
fureur. Aussi, son agressivité se trouve t-elle manipulée, pour servir des conflits qui lui sont étrangers. La violence du jeune homme n’est donc pas innée. Jean cristallise à lui seul toutes les
rancoeurs des autres personnages. Il lui faudra alors s’extirper, s’isoler dans cette nature vierge de toute intrigue, pour que tombent les masques. Roland Edzard a une manière très libre de lier
ses personnages. Il joue sur l’ambiguïté de leurs relations, sur des sentiments contenus et l’expressivité des visages. Les regards exaspérés, fuyants, vengeurs, en disent plus que la dureté des
mots. Mais l’expérience a aussi ses limites. L’impossibilité de clairement cerner le lien filial entre chacun peut surprendre et même déconcerter. Toujours est-il qu’on décèle dans cette
tentative, une envie de décloisonner le cinéma, de le libérer de ses contraintes formelles. Le jeune acteur, Franck Falise, qui porte le film comme un funambule rageur, impressionne par son
mélange d’impulsivité et de fragilité. Tout comme Donoma, La fin
du silence
annonce une nouvelle génération. Et même si ces jeunes acteurs et réalisateurs n’ont pas encore une totale maîtrise de leur art, ils proposent un autre cinéma, plus libre et
forcément plus foisonnant. 

 

 

Titre : La fin du silence/ Pays : France/ Durée
: 1h20
/ Distribué par Equation /Sortie le 7 Décembre 2011