CARNAGE de Roman Polanski (2011) Note : 6/10

 

CARNAGE

 

Dans un square de Brooklyn, un garçon frappe violemment l’un de ses camarades. Les parents de la victime reçoivent ceux de l’agresseur pour aplanir les angles. D’un côté, Nancy et Alan,
visiblement peu concernés, font des mines de circonstance pour s’en aller au plus vite. De l’autre, Penelope et Michael jouent la conciliation constructive tout en exagérant la gravité des faits.
Mais derrière les sourires de façade et les manières BCBG, chacun révèle bientôt ses petits travers.

 

UNE FABLE MOLLEMENT CRUELLE

 

Carnage n’est pas un grand Polanski ! Pas la peine de tourner autour du pot. Peut-être est-ce la conséquence de ses déboires judiciaires ou tout simplement l’essoufflement d’un style,
toujours est-il que Carnage confirme la mollesse du cinéaste depuis quelques années. Autrefois, ses films avaient su
imposer un univers oppressant où évoluaient des personnages obscurs.
Répulsion, Cul-de-sac, Le bal des vampires, Rosemary’s
baby
, Chinatown, Le locataire… Tant de films qui ont sondé la noirceur de l’âme, la paranoïa et l’aliénation, alors même que le monde s’épanouissait dans le consumérisme
des années 60 et la liberté sexuelle des années 70. Avec
Tess, en 1979, Polanski inaugurait les thèmes de la
possession et de l’obsession jusqu’au début des années 90 (
Frantic, Lunes
de Fiel
). Mais à l’aube des années 2000, le réalisateur franco-polonais se fait plus sage. Il signe un thriller mou et un peu raté, La Neuvième porteen 1999, s’offre un film à Palme d’Or, Le pianiste, et se permet même une énième adaptation sans saveur du roman de Dickens, Oliver Twist.
Largement éprouvé par une affaire de viol qui le poursuit depuis 30 ans, et toujours exilé en Suisse, Roman Polanski avait tout de même réussi, l’année dernière, à tourner un polar à la mise en
scène maîtrisée, plutôt agréable, mais terriblement conventionnel :
The Ghost writer. L’auscultation des
névroses du début semble bien loin. Et
Carnage est dans la même veine fatiguée. Adapté de la pièce de Yasmina
Reza,
Le dieu du carnage, le nouveau film de Polanski pêche par son manque de singularité et de modernisme. Dans
cette comédie mollement grinçante, deux couples du même milieu social se toisent en égrainant tous les clichés de la bourgeoisie. Penelope (Jodie Foster) étale sa passion pour l’art contemporain
avec condescendance dans son salon, tandis que Michael (John C. Reilly) affiche une attitude décontractée pour l’ambiance. En face, Nancy (Kate Winslet), en tailleur strict, chemisier de satin et
collier de perles, s’irrite car son avocat de mari, Alan (Christoph Waltz), ne lâche pas son portable. Après quelques politesses forcées, les langues se délient, laissant échapper les erreurs
d’éducation, les fausses notes de la vie à deux et le mépris des uns pour les autres. Puis, l’alcool aidant,
 les symboles d’un mode de vie conformiste servent d’exutoires à des personnages sous pression : les tulipes qui trônent avec vanité sur la table, les livres d’art
prétentieux ou encore le téléphone devenu un véritable gadget social. Chacun révèle son pathétisme et sa superficialité. Mais le film ne dit rien de très nouveau sur les relations humaines. Oui,
derrière les apparences, il y a toujours des difficultés, un manque de communication, des couples qui vont mal et des carrières frustrées. Tout cela, on le sait déjà depuis longtemps… Il faut
dire que
Carnage a du mal à mettre en perspective la vie de ses personnages avec la société actuelle. A peine,
esquisse t-on l’affaire d’Alan qui défend une entreprise pharmaceutique accusée d’empoisonner des malades. Confinés dans un huis clos quasi-anachronique, Penelope, Michael, Nancy et Alan,
tournent en rond et s’agitent jusqu’au ridicule. Bien sûr la performance des quatre acteurs est formidable, tellement ils s’approprient à la perfection les tics de leurs personnages. Mais, on
attendrait de cette satire un peu plus de virulence.
 

 

 

 

Titre VO : God of carnage/ Pays : Fr-Esp-Pol-All/
Durée : 1h20
/ Distribué par Wild Bunch Distribution /Sortie le 7 Décembre 2011