BLACK SWAN de Darren Aronofsky (2011) Note : 7/10

BLACK SWANAu New York City Ballet, toutes les danseuses se disputent le
premier rôle du Lac des signes, remis aux goûts du jour par Thomas Leroy. Nina, la plus disciplinée mais aussi la plus réservée de la troupe, rêve du
titre comme ses rivales. Cependant, pour incarner celle qui sera à la fois l’angélique cygne blanc et le démoniaque cygne noir, la jeune femme va devoir lutter contre les autres et surtout contre
elle-même…

 

Étrange Black Swan… Le film commence par une petite guerre de chipies en tutus pour se poursuivre en descente aux enfers schizophrénique. Darren
Aronofsky mêle habilement le destin de Nina à celui du cygne qu’elle interprète. Nathalie Portman, parfaite en danseuse rigoriste à l’excès, est un personnage double dont la part sombre ne
demande qu’à émerger. Trop méthodique et parfois trop mécanique, Nina réprime toute impulsivité. Elle n’a pas le grain de folie de Lily, nouvelle recrue imparfaite mais séduisante de spontanéité.
Thomas Leroy, drolatique Vincent Cassel, s’amuse à les opposer pour déclencher un électrochoc chez cette Nina désespérément coincée. Et c’est là que la dualité du personnage surgit.

Même si le film joue remarquablement bien avec le réel et l’imaginaire, on peut aussi le trouver sans surprise. Assez vite, on se doute de la tournure finale que prendra le film. Pourtant,
Aronofsky joue aux montagnes russes. On croit comprendre, puis on ne sait plus, on devine à nouveau… Malgré cette tentative, la chute pourra sembler prévisible. Par ailleurs, lorsqu’il s’agit de
mettre en scène l’angoisse au sein d’une troupe de danse, Aronofsky est plutôt subtil. En revanche, quand il revient à la vie quotidienne de la jeune femme (boîte de nuit, sexualité, rapport
entre Nina et sa mère), le réalisateur redevient plus banal au risque de nous perdre.

Black Swan fait parfois penser aux Chaussons rouges de Powell et Pressburger où Moira Shearer se
trouvait tiraillée entre l’amour et sa passion pour la danse, et finalement entre la vie et la mort. Ici, Nina s’oppose à elle-même sans jamais pouvoir s’extirper de cette lutte interne. Comme
Moira Shearer, elle est ensorcelée par la danse. Le mal qui lui ronge le corps n’est rien d’autre que la manifestation d’une duplicité qu’elle s’évertue à nier. Aussi bien Tchaikovskien que
Kafkaïen, Black Swan pousse le dépassement de soi jusqu’à l’aliénation. Peut-être est-ce là le prix de la liberté.

 

Sortie : le 9 février 2011