HUGO CABRET de Martin Scorsese (2011 )

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En 1931, dans une gare parisienne. Hugo Cabret, un jeune garçon orphelin, passe ses journées à remonter des horloges. Le reste du temps, il chaparde de quoi manger et tente de réparer un vieil automate offert par son père. Lors d’un énième larcin, il rencontre un vieux vendeur de jouets, nommé Papa Georges, qui lui confisque son carnet de croquis…

UN CONTE  FAMILIAL SANS ÉMERVEILLEMENT ET UN HOMMAGE MALADROIT AU CINÉMA

Pendant près de quarante ans, Martin Scorsese nous a offert une cascade de chefs d’œuvre, hantés par l’ombre de ses gangsters italo-new-yorkais. De Mean Streets à Casino, en passant par Taxi Driver, Raging Bull ou Les Affranchis, le cinéaste a jalonné sa filmographie de pépites toujours plus noires, racontant la violence de son temps. De ses personnages criminels ou détraqués, ont émergé Robert De Niro et Harvey Keitel, deux monstres sacrés du cinéma. Mais Martin Scorsese n’a pas été que l’homme qui filmait avec virtuosité le mal rongeant Little Italy. N’oublions pas qu’il s’est essayé à la comédie musicale (New York, New York), à la chronique féministe (Alice n’est plus ici), aux biopics élégants (Kundun sur le Dalaï-lama Aviator sur Howard Hugues) et bien sûr au thriller psychologique (Shutter Island). Parallèlement à ses films, il n’a jamais caché son admiration pour des grandes figures du rock, comme Bob Dylan, les Stones et les Beatles, auxquels il a consacré plusieurs documentaires musicaux. Martin Scorsese est un touche à tout, cinéphile invétéré, aimant faire partager ses passions. Pas étonnant, donc, de le voir expérimenter le conte pour enfants, d’autant qu’il est devenu récemment papa. Adapté du roman de Brian Selznick (dont le grand-père était le cousin de David O. Selznick, grand nabab de l’âge d’or hollywoodien), Hugo Cabret s’aborde à la fois comme un film familial et un hommage à Georges Méliès. Ce qui est étonnant de la part de Scrorsese est qu’il scinde son histoire entre les deux genres, de façon bien trop distincte.

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 Crédit photo Jaap Buitendijk – © 2011 GK Films LLC.

Dans la première partie, le cinéaste installe son monde merveilleux. Un Paris enneigé par des flocons 3D et un monde d’adultes régi par la seule main agile d’un garçonnet, doué pour les machines. Hugo Cabret (Asa Butterfield) vit seul dans son horloge et organise le trafic de la gare en cachette. Dans le hall, un intransigeant chef de gare (Sacha Baron Cohen, un brin ridicule), blessé de guerre, traque les orphelins avec son chien. Le méchant est donc identifié. D’un autre côté il y a ce vieux Georges acariâtre (Ben Kingsley) qui vend des jouets et veut brûler, sans raisons apparentes, le carnet de notes dont se servait le garçon pour réparer son automate. L’enjeu se met en place : Hugo va devoir percer le mystère du vieil homme, reconstituer la machine pour préserver le souvenir paternel, tout en échappant au vilain chef de gare. Problème : cette aventure n’emballe pas. Et pour cause : les personnages sont antipathiques (Hugo Cabret en tête) et la magie n’opère pas. En effet, on n’a jamais réellement envie de suivre Cabret et sa copine faussement enthousiaste, dans cette histoire qui peine à démarrer. On ne parlera même pas des intrigues amoureuses des gens de la gare, dont on se fiche complètement. Visuellement, la photographie, à mi-chemin entre l’obscurité des Harry Potter et le doré en toc des Narnia, est rédhibitoire. S’en suit une deuxième partie, un peu plus émouvante où le fameux Georges, se révèle être Méliès (suspense malheureusement éventé depuis des semaines par Scorsese lui-même). Mais là où l’hommage aurait pu être si habile, le réalisateur énumère, telle une récitation, tout ce qu’il connaît du cinéma. S’enchaînent alors gentiment les extraits : Harold Lloyd accroché à une horloge (référence facile), l’arrivée du train de la Ciotat (en 3D, était-ce bien utile ?) et des images du début du cinéma compilées à vitesse grand V. Bien sûr, on s’émerveille de revoir Le Voyage dans la Lune de Méliès en couleurs, ainsi que les surprenantes trouvailles filmiques du magicien. Mais n’aurait-il pas été plus parlant de faire un documentaire ludique et inventif sur ce pionnier de l’image, pour le faire découvrir aux enfants ? N’est-il pas un peu désagréable de supporter pendant les trois-quarts du film un Méliès colérique et bougon, crachant son ressentiment sur un petit garçon ? Visiblement, le conte pour enfants n’est pas la tasse de thé de Scorsese. Ainsi, ne réussit-il pas vraiment à nous emporter dans son univers. Et la 3D, qu’il utilise pour la première fois, n’arrange rien. Malgré tout, Hugo Cabret est un hommage sympathique, certes maladroit, mais assez touchant pour donner envie d’explorer la planète Méliès. 

 

Titre VO: Hugo/ Pays : USA/ Durée : 2h08/ Distribué par Metropolitan Film Export /Sortie le 14 Décembre 2011  

 

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