127 HEURES de Danny Boyle (2011) Note : 5/10

127-heures.jpgIl y a quelque chose de très agaçant chez Danny Boyle :
cette constante excitation de l’image qui l’amène souvent à maltraiter ses films. Ainsi, sa pulsion du montage saccadé et de la bande-son énervée se retrouve inexorablement dans une filmographie
inégale. Même s’il en sort quelques productions efficaces (Trainspotting, Slumdog Millionnaire), la
narration épileptique a tout de même ses limites (La plage, 28 jours plus tard) car les films ne
prennent plus le temps de respirer et de laisser vivre leurs personnages.

 

Comme s’il était à son apogée dans la surdose filmique, Danny Boyle en fait des tonnes dans 127 Heures. Split-screens, musique pop-rebelle pour
skate-borders et couleurs pétaradantes agressent dès le générique. Au début, on peut le tolérer car ce cocktail survitaminé accompagne parfaitement le délire du personnage. Aron Ralston, drôle
d’énergumène solitaire, voire autiste, mais extrêmement agité, ne rappelle jamais sa mère ou sa copine et ne dit à personne où il part en rando. C’est donc entre lui et lui-même que va se jouer
ce drôle de drame qui le laisse bloqué au fin fond des gorges de l’Utah. Que va-t-il faire, le bras coincé par une grosse pierre, sans manger et sans boire, sous l’œil des vautours
impatients ? Au-delà de la catastrophe, c’est une situation terrible pour un asocial de voir son isolement stupide lui revenir en boomerang. C’est l’occasion pour Aron de repenser à ses
actes, à ses erreurs et à son rejet des autres. Prendre le temps de la réflexion. Mais pourquoi tout est toujours aussi speed ????? Les flash-back s’enchaînent comme les playlists du samedi
soir au détriment de l’émotion. 127 Heures est monté à la hache comme si Danny Boyle avait peur de l’ennui. C’est à se demander si son ambition n’est
pas juste d’alimenter le cinéma pour ado. Boyle a déjà bien réussi son coup avec des acteurs à belle gueule (Leonardi Di Caprio, Cillian Murphy, Ewan Mc Gregor, Freida Pinto et maintenant James
Franco) et une réalisation qui va toujours plus vite, comme pour singer les jeux vidéos. Devant un film de Danny Boyle, on ne se sent plus spectateur mais juste consommateur d’images. D’ailleurs,
n’entendais-je pas le crac frénétique du pop-corn lors des scènes les plus terrifiantes ? Le pauvre Aron, dont les mésaventures authentiques avaient été publiées en 2005 (Between a rock and a hard place), se retrouve dévoré visuellement par nos yeux charognards comme un vulgaire bout de viande. Ce Into the wild sous acide n’a définitivement rien d’un film empathique et compassionnel.

 

Sortie : le 23 février 2011