AU-DELÀ de Clint Eastwood (2011)

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Aaaaaah, qu’elle est mignonne cette petite bluette surnaturelle de Clint Eastwood ! On en oublierait presque les maladresses du film et pourtant elles sont nombreuses. Dommage, d’ailleurs, car elle me plaisait bien cette histoire de médium voué à la solitude à cause de son pouvoir. Matt Damon, alias George l’américain, communique avec les morts et cela exclut d’emblée toutes relations normales avec les filles. A l’autre bout du monde, Marie (Cécile de France), une journaliste vedette de la TV française, expérimente la mort pendant le Tsunami, pour ressusciter quelques minutes plus tard. Enfin, Marcus, jeune garçon anglais à la vie aussi misérable qu’Oliver Twist, perd son frère jumeau dans un accident de voiture et s’interroge sur ce qu’il y a après la mort. Jusqu’ici tout va bien. Sauf que Clint Eastwood a la mauvaise idée de tourner une partie de son film avec un casting français des plus médiocres. Je ne parle même pas de Cécile de France, dirigée comme un pied du début à la fin. Il y a tout un ensemble de choses qui rappelle la mauvaise fiction française du lundi soir sur TF1. Le ton franchouillard de Thierry Neuvic, un habitué des téléfilms, les textes récités de Mylène Jampanoï, pas crédible un instant en grand reporter, et toute une pluie de figurants bon marché qui semblent tout droit sortis d’un épisode de Joséphine, ange gardien. C’est très étonnant de voir à quel point cette portion du film décrit bien l’état de délabrement du cinéma français. Comment peut-on jouer aussi mal dans un film de Clint Eastwood ? Cela confirme bien qu’il y a un réel problème de jeu d’acteurs en France. Au-delà de ça, on peut constater un gros souci de vraisemblance. Entre la présentation de l’émission où Cécile de France prend une voix grave pour faire sérieux, le projet de livre sur Mitterrand chez l’éditeur ou même les vacances en Indonésie, tout semble désespérément factice. Juste après le Tsunami, Cécile de France et Thierry Neuvic rentrent chez eux sans être une seule seconde traumatisés par ce qu’ils ont vu. La jeune journaliste regrette juste de ne pas avoir couvert l’évènement et ne pense qu’à son expérience de l’au-delà. Heureusement que le film alterne entre les trois histoires. L’épisode Matt Damon est beaucoup plus riche et mieux écrit. On ressent la solitude de l’homme condamné à vivre avec la mort et l’impossibilité qu’il a à partager sa souffrance. On retrouve le même écho chez le petit Marcus, délaissé par sa mère droguée, et baladé par une poignée de charlatans indifférents à son malheur. C’est entre ces deux histoires emmenées par les lectures de Dickens que le film prend toute son ampleur. Il faut admettre que Clint sait élégamment filmer l’émotion. Alors, même si la rencontre entre les trois personnages se fait longuement attendre, même si les acteurs français font ici leur plus piètre performance, même si le scénario est parfois inégal, Clint Eastwood réussit à nous toucher avec un film sincère et légitime pour un réalisateur qui pense à sa propre mort.

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