HARRY BROWN de Daniel Barber (2011) Note : 7/10

HARRY-BROWN.jpgNon, ce n’est pas la suite de La loi du milieu, quarante ans après. Harry Brown n’a rien à voir avec cet excité de la gâchette qu’était Jack Carter dans le Londres des années 70. Ici,
Michael Caine interprète un retraité des marines qui passe ses journées à jouer aux échecs avec son ami Leonard (David Bradley tout juste échappé de Another year). Mais le quotidien de ces seniors n’est pas un long fleuve tranquille. Drogue et violence rythment la vie de leur cité dortoir prise en main par
une jeunesse radicale. C’est d’ailleurs une scène ultra violente qui ouvre le film. On se demande même si on va tenir plus de dix minutes tellement l’angoisse nous prend. Mais très vite, le film
revient à l’émotion : le veuvage d’Harry, la détresse de son ami terrorisé par les jeunes, puis un drame… Daniel Barber opère une alternance subtile entre émotion et haine, mais l’entoure
d’une troublante subjectivité. Le film ne s’intéresse pas vraiment au point de vue des jeunes alors qu’il justifie allègrement le passage à l’acte d’Harry Brown, devenu le nouvel émissaire de
l’auto-défense. Voilà que le gentil retraité se mue en Jack Carter sans le vouloir, allant jusqu’à provoquer les dealers sur leur terrain et affichant le même détachement. Mais que fait la
police ? Rien. Ridicule, opportuniste, indifférente, elle ne fait que cristalliser la rage des uns et des autres. Seule l’agent Frampton (Emily Mortimer), une inspectrice emprunte
d’humanité, semble vouloir faire son travail. Face à ce dilettantisme national, peut-on prôner l’éradication des jeunes brebis galeuses ? Daniel Barber offre la solution la plus radicale qui
soit pour réveiller les consciences. Malgré son discours dérangeant, le film réussit à nous prendre aux tripes grâce à une distribution parfaite, Michael Caine en tête, et une réalisation
impeccable.