CARANCHO de Pablo Trapero (2011) Note : 8/10

CARANCHO.jpgEn Argentine, les accidents de la route sont
devenus un véritable business. Des avocats véreux enrichissent la mafia locale en détournant une partie des indemnités d’assurances destinées aux victimes. Héctor Sosa (Ricardo Darin) est l’un de
ces « caranchos » (rapaces) qui rodent autour des hôpitaux, en quête de chair fraîche à escroquer. Une nuit, il croise Lujan (Martina Gusman), une urgentiste toxicomane. La jeune femme
tombe dans les bras de Sosa, sans se douter des activités illégales de son amant…

Avec un réalisme proche du documentaire, Carancho offre une vision saisissante d’une misère ambiante. En montrant le quotidien d’un personnel
débordé, l’insécurité, le fonctionnement anarchique et le délabrement des locaux, le film fait un constat accablant du système hospitalier, et de la société argentine en général. Les urgences
arborent une crasse qui soulève le cœur, comme si les murs de la ville étaient définitivement imprégnés de la corruption. Dans ce chaos, Héctor et Lujan s’aiment d’un amour sincère qui contraste
radicalement avec le monde de l’arnaque. Mais cette société, visiblement pourrie jusqu’à l’os, peut-elle permettre la moindre rédemption ? Chaque fois qu’ils cherchent à échapper à leur
destin, les deux personnages replongent encore plus profondément dans leurs travers. Jusqu’au bout, on espèrera une porte de sortie… Grâce à une réalisation efficace et une interprétation
remarquable, le film réussit à frapper les esprits. Pas étonnant qu’après sa sortie, le gouvernement argentin ait annoncé une loi « anti-carancho », destinée à lutter contre les
profiteurs de la misère.