WINTER’S BONE de Debra Granik (2011)

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Sous ses airs de film réaliste, Winter’s bone est définitivement une arnaque. Estampillé « cinéma indépendant », cette fiction accumule bêtement les clichés du genre (caméra à l’épaule, ton monocorde des acteurs et lumière froide) sans jamais réussir à rendre l’histoire crédible. Pourtant, le début était annonciateur d’une belle performance dramatique : la jeune Ree Dolly, 17 ans, est devenue « l’homme de la maison » depuis le départ de son père, un trafiquant de drogue en cavale. Dans un taudis en pleine forêt, elle s’occupe désormais seule de son frère, sa jeune sœur et sa mère autiste. Son unique rêve est de s’engager dans l’armée. Mais la réalité ajoute un degré de plus à sa misère : si son père ne se présente pas au tribunal, la maison sera saisie. Pour préserver sa famille, Ree se met à la recherche du fuyard. Cependant, son parcours est semé d’embûches…

Avec un résumé pareil, le film laissait croire à un règlement de compte entre une fille et son père. Au lieu de cela, l’histoire tourne en rond, s’enfermant dans des postures d’apparat entre univers glauque et musique country. Debra Granik, visiblement plus préoccupée par l’ambiance de son film que par son discours, nous sert une belle brochette de caricatures. Entre Teardrop, l’oncle toxico et borderline, et Thump Milton, le parrain bibendum des montagnes, on a plus envie de rire que de s’inquiéter. La seule personne à tirer son épingle du jeu (et à justifier ce 5/10) est Jennifer Lawrence, alias Ree, qui nous offre une interprétation juste et sans fioritures. Le reste du casting est plutôt décevant et les rôles sont assez flous. On ne comprend pas tout de suite qui est qui, ni qui dirige quoi. Pendant deux heures, on nous dit que tout le monde est très dangereux, mais cela reste difficile à croire. Il y a soit disant un trafic de drogue très important sans que l’on n’en voit jamais l’étendue. Tout semble très abstrait car seules les tronches très vilaines de l’entourage de Ree témoignent d’un éventuel danger. Et avec leurs santiags et leurs chemises de bûcherons, ces dealers, dont on ne cerne absolument pas l’activité, sont aussi effrayants que des danseurs de country.

Mais le gros souci du film vient surtout du traitement même de cette histoire. Au-delà de l’ambiance, faussement sordide, le film n’explore jamais vraiment les envies de son héroïne. Au début, on voit Ree observer avec intérêt les élèves de l’école militaire à l’entraînement. A plusieurs reprises, elle évoque son ambition de s’engager. Son attitude de dure à cuire confirme son potentiel
de combattante. Puis, plus rien. On passe à autre chose. Ce qui était l’une des motivations premières de Ree devient sans objet. Bien sûr, plus tard dans le film, elle passera l’entretien de recrutement. Mais seulement pour l’argent. Ce qui était un moteur dans son attitude disparaît dans le flot d’invraisemblances qui peuplent le film. De même, sa quête autour du père, qui semblait au départ plus profonde qu’il n’y paraissait, se termine en queue de poisson. Au détour d’une phrase, le spectateur apprend ce qu’est devenu le père sans que cela soit un tournant dans le récit. D’ailleurs, cela n’a aucune incidence sur la perception qu’a Ree des évènements. De toute façon, ce personnage est définitivement figé dans son petit univers minable, sans réelle envie de s’en détacher. Mais le pire est sans doute la dernière demi-heure grand-guignolesque avec une histoire de mains dont on se serait bien passé. Bref, c’est à se demander comment ce film a pu avoir le Grand Prix du Jury à Sundance. 

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