THE FIGHTER de David O.Russell (2011) Note : 8/10

The fighter affiche

Récompensé aux Oscars pour ses deux seconds rôles, The Fighter est sans conteste la première belle pépite de ce début d’année. Vendu
avec l’habituelle ritournelle « Inspiré d’une histoire vraie », le film va pourtant bien au-delà du simple récit biographique. En effet, outre l’épopée d’un boxeur, The Fighter explore une fraternité complexe mêlant dépendance et rivalité malsaine, entretenue par une mère excessivement envahissante. Ancienne gloire de la
boxe, Dickie Eklund a laissé la place à son petit frère Micky Ward. Mais la vie n’est simple ni pour l’un, ni pour l’autre. Accro au crack, Dickie est une loque qui se raccroche à un improbable
come-back. Quant à Micky, il enchaîne les défaites dans des combats de seconde zone où il sert de faire-valoir à ses adversaires. Malgré tout, les deux frères sont unis, l’un entraînant l’autre
tout en aspirant au succès. Mais l’arrivée de Charlene dans la vie de Micky va tout bouleverser…

 

Quand les deux frères paradent dans leur quartier en célébrités locales, on se demande qui sera le réel héros de cette histoire. Dickie, ancienne gloire de la boxe, en retraite
forcée à cause du crack ou Micky, le jeune espoir en attente du combat de sa vie. A priori le film raconte la vie de Micky, le boxeur qui deviendra champion. Pourtant, tout incite à voir Dickie
comme le protagoniste de cette success story. Il est la « star » filmée par HBO pour un obscur documentaire. C’est aussi celui qui s’agite sans arrêt, que tout le monde attend pour
commencer l’entraînement et surtout celui dont l’absence est aussi insupportable que la présence. D’emblée, Dickie, garçon expansif à la corpulence chétive, monopolise l’espace. A l’inverse,
Micky, physiquement plus massif, est introverti, toujours en retrait, en attente du moindre soutien de ses proches. Les deux frères ont besoin l’un de l’autre tout comme ils ont besoin de se
séparer pour avancer. Le film insiste subtilement sur cette contradiction. Ainsi, le combat ne se fait pas sur le ring, contrairement aux apparences, mais au cœur d’une lutte fratricide
silencieuse où chacun doit exister en dehors de l’autre. Mais David O. Russell ne néglige pas pour autant les scènes de boxe. Loin d’être spectaculaires, elles illustrent surtout la fébrilité
psychologique de Micky, littéralement vampirisé par son entourage et incapable de réagir. Personnage attentiste, constamment en proie aux doutes, le jeune homme se laisse faire sur le ring comme
il se laisse dicter sa vie par sa famille. Sa mère, manager autoproclamée, et son frère, toxicomane névrosé, se servent de ses faiblesses pour exister. Les deux personnages interprétés par
Melissa Leo et Christian Bale incarnent ces parasites à la perfection. Encore plus squelettique que dans The Machinist (où il avait déjà perdu 30
kilos pour jouer un insomniaque), Christian Bale est tout simplement stupéfiant dans le rôle de Dickie. Entre grandes envolées hystériques et soudaines rechutes neurasthéniques, l’acteur s’en
donne à cœur joie pour incarner ce grand frère survolté et lunaire. Quitte à en faire trop ? Peut-être, car Christian Bale devient parfois aussi intrusif que Dickie, volant allégrement la
vedette à un Mark Wahlberg, tout aussi effacé que son personnage. Mais peu importe car The Fighter est l’un des grands films de
l’année.

 

 

 

Titre VO : The Fighter/ Pays : USA/ Durée : 1h53 / Distribué par Metropolitan Film Export/ Sortie
le 9 Mars 2011