ESSENTIAL KILLING de Jerzy Skolimowski (2011) Note : 7/10

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En Afghanistan, un taliban est capturé par l’armée américaine. Torturé dans une base tenue secrète, il réussit à s’échapper lors de son transfert pour une destination inconnue. S’en suit une
cavale dans des cimes enneigées où le fugitif va devoir être prêt à tout pour survivre.

 

Film édifiant sur la déshumanisation, Essential Killing nous fait entrer dans la brutalité du conflit afghan par un silence assourdissant. Ainsi, la
violence ne viendra pas des insultes hurlées par les militaires mais de cette absence de mots à laquelle nous condamne l’islamiste en cavale. Le personnage, joué par un Vincent Gallo admirable,
est sourd, depuis l’explosion dont il a été victime, et tout aussi muet. Il n’adresse donc aucun mot à ses tortionnaires, ni aux spectateurs à qui, pourtant, il impose son point de vue. Ce
silence pesant ne fait que confirmer l’absurdité d’une guerre sans fin. Etrangement, tout est vu à travers les yeux du fugitif sans que cela dérange. A travers des flash-back hallucinatoires, on
découvre son épouse en burqua, son enfant, mais également un fanatisme religieux représenté par une figure christique comme pour remettre tous les extrêmes sur le même plan. Jerzy Skolimowski
nous amène au plus près du personnage, rappelant ainsi qu’avant d’être des guerriers, les hommes sont avant tout des êtres humains. Affamé et seul, le taliban devient peu à peu une bête prête à
tout pour se raccrocher à la vie. Perdu dans des terres étrangères, l’homme est réduit à l’état de chien galeux, guettant une proie réelle ou imaginaire, physique ou métaphorique. Il trouvera un
peu d’humanité seulement chez une femme sourde et muette, installée en pleine forêt comme un heureux hasard. Cette rencontre place le silence, là encore, comme un rempart à la violence du monde.
Plongé dans une réalité forte, le spectateur pourra juste regretter l’apparition fortuite d’Emmanuelle Seigner, dans le rôle de la sourde, rappelant soudainement que nous sommes bel et bien dans
une fiction. Habillée, coiffée, maquillée comme la dernière parisienne à la mode, elle a du mal à nous projeter en territoire slave. Malgré cela, le réalisateur polonais nous offre un film
puissant à l’incroyable maîtrise.